Halte-là ! Que faites-vous avec vos mains, votre bouche et cette peinture ? Vous crachez ? Dégradation de l'espace public, monsieur.

Madame ? Comment ça, « madame » ? Prétendriez-vous qu’il y a là, parmi cet art, des mains de femmes ? La majorité, rien que ça ? Enfin, ne mélangeons pas tout, madame !

Ce que ça représente, à mon avis ? Mais c'est évident, madame : c'est rituel ! Comment je le sais ? C’est que je suis un homme de science, madame, figurez-vous. Ce que vous voyez là – pardon, ce que vous faites là – c’est de la magie de la chasse, madame. Du chamanisme, des rites sous états de transe et, par-dessus tout, de l'ART, bien entendu. Le propre de l'Homme est tout de même de faire le beau… Certes, nous sommes bien loin d’un Caravage, je me l’accorde, mais pour des primitifs – non, pas les Flamands, madame ; les vôtres, ceux de la culture fruste, spontanée, balbutiante d'avant la Civilisation –, c'est déjà fort convenable. Que dites-vous donc ? Hiérarchisation ethnocentriste ? Je parle d'évolution, madame, allons ne confondez pas tout.

Très bien ; vous qui pensez si bien savoir, expliquez-moi donc ce que signifie, à votre tour, cette abstraction. Comment dites-vous ? Une « grammaire visuelle et culturelle » ? Un « système de symboles partagés » ? Où allez-vous chercher ça, madame, avec vos grands mots !

Ah, vous souriez ? Je ne vois rien de drôle, madame.

Vous me demandez à quoi il sert, ce mur ? Eh bien à être un mur, madame. C'est rituel, je vous l'ai déjà dit : décor simpliste d'arrière-plan, pas désagréable à regarder au quotidien, infusé d'émotion, de signification, d'histoires, et de peu m'importe. Un mur orné, donc. À quoi voulez-vous que cela serve d'autre, madame ?

Un fond d'écran ? Comment ça, un fond d'écran ?