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Elle

La revanche de la revanche

25 ans après sa sortie, Legally Blonde revient sur nos écrans avec un préquel suivant les années lycée de son héroïne : Elle. Retour sur un coming-of-age féministe et sur le cycle du reboot régressif.

Succès critique et populaire de l’année 2001, Legally Blonde est un classique féministe sans équivoque qui traverse les générations. Après un premier film réalisé par Robert Luketic, un sequel plus discret et une flopée d’adaptations en comédie musicale, la showrunneuse Laura Kittrell (jeune scénariste ayant fait ses armes sur la série Insecure) s’empare aujourd’hui du chick flick ultime des années 2000 pour en faire un coming-of-age 90s retraçant l’adolescence de Elle Woods. Avant de devenir une avocate à succès diplômée de Harvard, la blonde californienne, déjà forte de son style et de son sens de la justice, était une ado ordinaire en quête d’appartenance. Suivant une annonce de ses parents lors de son 16e anniversaire, Elle se voit contrainte de quitter la banlieue huppée de Bel-Air pour une école populaire de Seattle. La bimbo solaire et coquette arrive alors comme un cheveu dans la soupe dans la culture grunge du nord-ouest pluvieux des États-Unis. Elle fera tout pour se faire accepter et décrocher un stage pour sa sacro-sainte bible : le magazine Cosmopolitan. À travers les lieux emblématiques de la high school américaine – la cafétéria, les casiers, le bal de fin d’année – Elle tente de se définir au-delà de son statut de cosmo girl.

Procédé classique dans les récits pour ados, le « poisson hors de l’eau » fonctionne particulièrement bien pour explorer les dissidences des questions féministes des années 90 : la féminité hyper assumée et positive d’un coté (pendant de la 3e vague à la Spice Girls) et l’anticonformisme grunge et queer de l’autre (plus critique de la féminité conventionnelle). Entre ces opposés, la thématique de la quête identitaire est centrale. La série questionne l’éternel casse-tête de l’adolescente en passe de devenir adulte : comment être confiante mais pas arrogante ? Belle mais pas allumeuse ? Intelligente mais pas coincée ? Stylée mais pas superficielle ? Populaire mais pas conformiste ?

Bien que les questions d’identité et de féminisme soient toujours pertinentes aujourd’hui, on peut se demander s’il y a une utilité ou même une quelconque demande de raviver une énième saga populaire pour explorer le sujet. Avec la démultiplication des reboots de films et de séries ne datant que de 20 ou 30 ans (Freaky Friday, Le Diable s’habille en Prada, Sex and the City…), l’accélération du recyclage des IP1 commence à donner le tournis. Le retour cyclique à la nostalgie n’est pas un phénomène nouveau, mais à l’air du streaming et de l’omniprésence des contenus, on arrive vite à un goût de trop et, surtout, de déjà vu.

Depuis les débuts de la télé pour ados dans les années 80 et 90 (boosté par MTV notamment), le plein essor des années 2000 et la nouvelle ère sur plateformes, la série a toujours eu vocation à traiter de sujets sociétaux importants. Avec un public cible jeune, les mœurs et tabous de l’époque sont centraux : école, sorties, parents, mais aussi pop culture, drogues, violence, identité, genres, sexualité... La télé était un terrain de jeu féministe immense pour des scénaristes et des réalisatrices qui peinaient à se frayer une place sur le grand écran, que ce soit dans la sitcom traditionnelle ou par d’autres sous-genres plus expérimentaux comme le fantastique ou l’horreur. Depuis l’iconique Charmed, aux énormes succès de Gilmore Girls ou plus récemment, The Summer I Turned Pretty, le petit écran écrit par et pour les femmes constitue une place de choix pour l’exploration des questions de genre. Miss Woods originelle, Reese Witherspoon a d’ailleurs elle-même créé sa propre boîte de production afin de mettre en avant des récits de femmes fortes et complexes (Big Little Lies). Coproductrice sur ce dernier projet, elle reste ici en retrait et laisse la place à une nouvelle incarnation du personnage qui a lancé sa carrière.

Jeune inconnue dans le monde de la comédie US, Lexi Minetree est une agréable surprise dans ce rôle principal et fait, malgré le poids de toute une institution, honneur à la performance de son aînée. Pour l’accompagner, on apprécie le générique d’ouverture, la bande-son et les costumes qui ajoutent, en dépit de la fadeur du grain aseptisé façon Netflix, une ambiance vintage à l’univers. Il y a des clins d’œil et quelques bonnes trouvailles de dialogue, notamment portées par l’excellent timing comique des parents de Elle (June Diane Raphael et Tom Everett Scott). Bien que quelques scènes soient assez drôles et pertinentes, le comique de situation s’essouffle rapidement et laisse place aux conflits plus anodins de la série type pour ados (rivalités, secrets et triangle amoureux) sans creuser le fond du propos.

Avec sa naïveté légendaire, l’essence de Elle y est, mais le résultat paraît extrêmement lisse. Rafraîchissante en 2001, sa version artificiellement « d’époque » semble ici déconnectée de son temps : amusante mais plus si révolutionnaire. Bien sûr, la nostalgie est toujours vendeuse et on a besoin de représentations positives des jeunes filles fun et fearless mais la réalité est que le cadre de discussion autour du patriarcat est maintenant bien plus étendu. Là où le film s’aventurait de manière inattendue dans le commentaire social sur les préjugés sexistes et les violences faites aux femmes, la série tente aujourd’hui de traiter de sujets plus sérieux (classe, racisme, sexualité) mais manque d’originalité et de mordant, et surtout, déçoit niveau camp. Visuellement, c’est assez terne. Dramatiquement, il y a peu de tension. Essentiellement, où est le kitsch ?

Malgré la simplicité plutôt agréable d’un divertissement sans prise de tête, on n’y retrouve ni l’absurdité de l’original, ni l’innocence de l’époque. Au-delà du côté bonbon nostalgique, il est difficile d’embarquer complètement dans l’histoire. Les personnages secondaires sont plus fonctionnels qu’intéressants et peinent à tenir la route sur les huit épisodes. Le format limite quelque peu la progression narrative, contrainte de tenir dans le cadre du film passé et coupé court par un cliffhanger mi-cuit montrant une volonté évidente de la production de signer une seconde saison. On se demande alors à qui est destinét ce préquel. Les fans du film ont des attentes trop importantes ; les curieux y découvrent un personnage principal sympathique mais sans réelle intrigue ; et les ados de l'âge de Elle, eux, ont myriade d’autres contenus à binger.

Face à une nouvelle vague de séries gen Z modernes plutôt réussies (Off Campus, Overcompensating, Adults, Not Suitable for Work...), le réchauffé paraît d’autant plus fade. Trop légère pour son discours, trop sérieuse pour être camp, Elle loupe la recette unique aux 90s qui faisait de l’original un classique. Le caméo de James Van Der Beek (icône de la série pour ados dans Dawson), apparaissant ici 6 mois après son décès, résume tout l’effet doux-amer de Elle : évoquant un vague souvenir réconfortant, elle échoue à maintenir sa bulle pétillante de nostalgie, trop lestée par la nature rapiécée du projet. À l’image de la vie analogue de Elle, la série donne surtout envie de retourner à une forme de simplicité, dans le contenu mais aussi dans notre manière de le consommer : feuilleter un zine, passer un coup de fil à une amie, épingler un poster de son groupe favori et, naturellement, ressortir le DVD de Legally Blonde.

Même rédacteur·ice :

Elle

Par Laura Kittrell
Avec Lexi Minetree, June Diane Raphael, Tom Everett Scott, Jacob Moskovitz
États-Unis, 2026
Amazon Prime, 8 épisodes

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