critique &
création culturelle

Le poisson et le soleil

Décidément, on va finir par croire que Liège est devenu le nouveau terreau fertile des grands musiciens en devenir. Après le rock burné de The Bukowskies , c’est au tour de l’électro-pop de Redfish & Sunny’s de s’illustrer avec un premier EP.

Souvenez-vous, on avait pu les découvrir dans la galerie Karoo

Un EP, c’est quand même un objet particulier et, surtout, rempli de connotations, la plupart un peu négatives. C’est le parent pauvre du disque classique (ou LP dans le jargon) et les stéréotypes le suivent comme une mauvaise grippe. Si un groupe sort un EP, c’est soit parce qu’il est en panne d’inspiration ou paresseux (bah oui, pourquoi composer tout un disque quand je peux ne faire que quatre chansons ?), soit parce qu’il veut faire des sous (bah oui, de toute façon la plupart des morceaux se retrouveront sur la galette suivante), soit parce qu’il veut expérimenter sans mettre ses fans à dos (bah oui, pour bien leur montrer que ce n’est pas la musique qu’on fait vraiment). Bref, quand un groupe un peu installé sort un EP, d’après l’opinion publique, la plupart du temps, ça ne sent pas très bon.

Par contre, quand un groupe débute, c’est totalement différent. D’un coup, le EP devient presque l’eldorado à atteindre pour aspirer à un peu de légitimité. Ses inconvénients deviennent alors ses principaux intérêts : court, moins cher, plus facile à produire. Le compromis parfait. Et c’est d’autant plus intéressant lorsqu’un groupe parvient à sublimer ce concept, à le pousser plus loin, à jouer avec les règles. C’est exactement ce qu’est parvenu à faire Redfish & Sunny’s avec son EP Sweet Way .

En réalité, cette production n’a de EP que le nom. C’est autre chose, c’est plus que de l’électro-pop au sens propre du terme, c’est un saut dans un univers envoûtant, où le lyrisme et la poésie perlent de chaque morceau . En moins de vingt-cinq minutes, Redfish & Sunny’s parvient à imposer son style grâce à des morceaux évolutifs, qui se révèlent au fil des écoutes. Ainsi, la partie instrumentale, sous ses abords minimalistes, est en réalité d’une richesse insoupçonnée. De plus, elle est transcendée par une voix cristalline qui n’a aucun mal à faire frissonner.

Les émotions surgissent et s’entremêlent avec une facilité déconcertante. On ressentira de l’oppression sur Unexpected Advisor , de la tristesse sur Mister T. Le tout forme finalement un contenu homogène, profond et surtout, d’une beauté authentique. Ne tournons pas plus longtemps autour du bocal, pour un premier essai, c’est déjà un coup de maître.

redfishsunnys.be
soundcloud.com/redfishsunnys

Même rédacteur·ice :

Sweet Way
Redfish & Sunny’s
2014