critique &
création culturelle

The Drama

Comment choquer tout en faisant rire

Zendaya et Robert Pattinson sont réunis dans la dernière comédie romantique de Kristoffer Borgli, The Drama, pour nous offrir un film surprenant qui pousse à la réflexion tout en laissant place à un humour noir et décalé.

The Drama de Kristoffer Borgli suit un couple, Emma (Zendaya) et Charlie (Robert Pattinson) à quelques jours de leur mariage. En pleine préparation, le fiancé apprend un secret sur sa compagne qui remet en question tout ce qu’il pensait savoir sur elle. Attention spoiler !

Le film explore un thème délicat de la manière la moins délicate possible, et pourtant cela n’apparait jamais de mauvais goût. Il nous lance en plein visage l’horrible banalité des tueries de masse scolaires au États-Unis avec une pointe d’humour noir, une colorimétrie stimulante, et tout cela ficelé dans une romance rocambolesque.

Nous découvrons le secret d’Emma grâce à son amie Rachel (Alana Haim) qui, au détour d’un repas, propose au couple de se dévoiler leur plus grande honte. Celle de Rachel s’avère qu’elle a enfermé un enfant déficient mentalement dans une armoire pendant un jour entier. Charlie a harcelé un enfant qui a par la suite potentiellement déménagé à cause de lui. Emma quant à elle, révèle qu’elle avait planifié une tuerie de masse dans son école, mais qu’elle n’est finalement jamais passée à l’acte.

Rachel, dont la cousine a survécu à une tuerie dans sa propre école, ne supporte par conséquent pas cette révélation. La réaction de cette dernière est représentative de la cancel culture actuelle. Tandis qu’elle se révolte face à l’idée atroce de son amie qu’elle n’a pas mise à exécution, elle n’a aucun remord pour une action tout aussi atroce qu’elle a, elle, commise. En rétrospective, commettre un acte horrible est objectivement pire que de penser à en commettre un autre, serait-il plus grave. La société a tendance à faire pareil : elle cancel sélectivement des personnes pour leurs actions mais octroie l’absolution à d’autres qui ne le mérite pas forcément.

Parallèlement, le tiraillement interne de Charlie face au passé de sa fiancée est compréhensible. Durant le film, il tente constamment de justifier les actions de sa moitié, allant même jusqu’à lui chercher un traumatisme qui pourrait motiver des troubles mentaux. Cette réaction rappelle la manière dont les gens cherchent à tout prix une excuse pour expliquer les actions souvent inexcusables des personnes qu’ils aiment. Bien que Charlie questionne sa relation à plusieurs reprises, l’amour l’emporte toujours sur la raison.

Malgré tout, le parcours de vie d’Emma est inspirant. Harcelée à l’école, profondément malheureuse, elle planifie de tirer sur des élèves de son école avec l’arme de son père. Mais après qu’une autre tuerie a lieu dans sa ville, elle prend conscience de l’impact que ces actions ont réellement. Sa rage se transforme en activisme et elle rejoint un groupe anti-arme où elle trouve enfin sa place. Le message de son histoire est que beaucoup de ces tueurs sont perdus et se cherchent. Les vilains ne sont pas nés mais forgés.

Enfin, contre toute attente, les mariés s’acceptent tels qu’ils sont. Le passé de quelqu’un ne définit pas son présent, mais il fait partie de son identité et ne peut pas être ignoré.

En dépit d’une thématique sombre, le film est plus drôle que jamais. Son réalisateur, Kristoffer Borgli, traite le sujet avec l’absurde qu’il mérite. Car voir une enfant avec une arme à la main, plus que choquant, est absurde. L’idée de traiter un sujet difficile avec un humour noir n’est pas nouvelle mais paraît ici pleine de fraicheur et utilisée à bon escient. Les spectateurs s’autorisent des rires coupables tout en se rendant compte de la gravité de la situation.

Mais le sujet est d’autant plus intéressant étant donné qu’il est porté par une réalisation captivante. L’utilisation de lumières et de couleurs naturelles est omniprésente. Le soleil à travers les vitres, les lampes de couleur chaude ou les reflets du soleil apportent une authenticité et une ambiance presque intime. Contrairement aux passages montrant la jeunesse de notre protagoniste, où les couleurs sont plus sombres et ternes. Ainsi, la direction artistique n’est pas seulement utile à l’esthétique mais également à la transmission des émotions et au message de l'œuvre.

De plus, le travail de la caméra, par les mouvements employés tout au long du film, contribue au ressenti émotionnel. Souvent très proche des personnages, la caméra donne presque une impression d’entrer directement dans leur intimité. Cette manière de filmer crée une sensation de proximité, par moment irrespirable, qui accentue les tensions psychologiques déjà présentes. Ainsi le spectateur n’est plus un observateur, il est intégré aux événements, tant la frontière entre les figures du récit et le public est réduite grâce à cette immersion.

Visuellement attrayant de par ses couleurs chaudes et nostalgiques et intellectuellement stimulant grâce aux questions existentielles actuelles qu’il pose, The Drama de Kristoffer Borgli est un film qui surprend positivement en mettant à l’épreuve l’empathie des spectateurs.

The Drama
De Kristoffer Borgli

Avec Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim
États-Unis, 2026
105 minutes

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