L’adaptation d’un conte méconnu des frères Grimm surprend par son sens visuel et déçoit par sa fidélité au texte original.

Si les contes des frères Grimm qui ont fait l’objet d’une adaptation au cinéma sont nombreux, un nombre tout aussi important de leurs histoires n’a jamais fait leurs apparitions dans les salles obscures. Parmi ces laissés-pour-compte (sans jeu de mots), on pouvait trouver jusqu’à il y a peu la Jeune Fille sans mains. Ce conte assez conventionnel, histoire d’une jeune paysanne dont la vie est bousculée lorsqu’un démon fait un marché diabolique avec son père, a été récemment adapté en film d’animation par Sébastien Laudenbach. L’existence même du film laisse songeur : quel intérêt peut présenter l’adaptation d’un conte qui n’est ni le plus intéressant ni le plus distinctif des Grimm ?

Les magnifiques visuels bariolés de couleurs constituent peut-être le meilleur atout du film.

D’emblée, la réponse semble se trouver dans l’esthétique choisie pour le film. Les images de la Jeune Fille sans mains ne sont pas de minutieux dessins , mais des esquisses peintes, aux traits imparfaits et aux mouvements saccadés. Ces magnifiques visuels bariolés de couleurs constituent peut-être le meilleur atout du film : ils surprennent, déroutent et émerveillent. L’abstraction y est privilégiée à la représentation, et l’impression aux détails ; on devine plus qu’on ne perçoit.

Le film perd malheureusement de sa superbe dans son travail sonore. Les compositions musicales d’Olivier Mellano, par exemple, jurent avec la délicatesse des images par leurs accents poussivement dramatiques. Le doublage déçoit lui aussi, amoindri par la diction trop emphatique et empruntée des acteurs. Leurs performances vocales s’apparentent à celles qu’on trouverait dans un livre audio du conte des frères Grimm – pas dans une adaptation filmique. Les dialogues quant à eux sont patauds et maladroits, ensevelis sous une couche de poussière littéraire vieille de plusieurs siècles.

À vrai dire, La Jeune Fille sans mains se place à une curieuse intersection entre l’ancien et le nouveau. La volonté de respecter le conte original s’oppose à certaines de ses tendances modernistes, et donne lieu à un curieux mélange. On passe ainsi d’une scène dans laquelle la demande en mariage d’un prince est immédiatement acceptée par l’héroïne à leur première rencontre, à une autre, dans laquelle le film fait preuve d’une remarquable absence de pudeur vis-à-vis des corps de ses personnages. Cette dualité se retrouve d’ailleurs dans le portrait de la protagoniste : elle est le plus souvent le même personnage passif qu’elle a pu être sur le papier, avant que le film n’en fasse une femme (un peu plus) émancipée.

Une fois le film achevé, on ne peut s’empêcher de se demander si cette remise à jour du conte des frères Grimm n’aurait pas gagné à être plus moderne. La Jeune Fille sans mains émerveille lorsqu’il ose nous surprendre et exaspère lorsqu’il se retranche dans sa source.

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La Jeune Fille sans mains

Long métrage de Sébastien Laudenbach

France, 2016

76 minutes