Dimanche 2 octobre, 15 h 15, j’ai rendez-vous avec le jury junior du FIFF sous le chapiteau pour une interview.

Avant de me rencontrer, les huit jeunes membres du jury ont assisté à la projection d’un film hors compétition Ma vie de courgette, puis participé à une séance de questions-réponses avec Sergi López, le coup de cœur du FIFF.

J’arrive au lieu de rendez-vous trempée, la pluie belge est de retour. Il est 15 h 20, le responsable du groupe d’adolescents, Damien Raud, m’annonce du retard, la séance dure plus longtemps que prévu. Il est 15 h 40, ce n’est toujours pas terminé. Il est 15 h 50, le jury junior, d’une moyenne d’âge de treize ans, arrive, prêt à répondre aux questions de leur toute première interview. Un privilège pour moi mais déjà les caméras et micros d’autres journalistes/étudiants s’avancent vers eux… Ce sera après mon interview. Qui veut répondre aux questions ?

Charly, Mattéo et Gabin me suivent pour s’isoler. Le reste du groupe, Chloé, Guillaume, Judith, Maïra, Margaux et Damien Raud nous rejoignent ensuite. Installés autour d’une table haute, l’interview peut commencer.

Vous êtes au FIFF pour une semaine, de dimanche à jeudi, vous êtes dispensés d’école ?

Les jeunes, en chœur : Oui !

Damien Raud : normalement, ils ont des devoirs, on devrait faire deux heures sur la semaine.

 

Quelles sont vos impressions sur votre premier film Ma vie de courgette, bien qu’il soit hors compétition ?

Charly : bof, j’aurais préféré que ce soit avec de vrais acteurs. Je n’ai pas aimé que ce soit en plasticine. Les personnages avaient l’air déprimés, ils avaient les yeux vers le bas. Enfin, ils n’étaient pas normaux. Ils avaient les bras super-longs mais sinon l’histoire n’était pas mal. (En écho, les autres adolescents répondent : oui, c’est vrai.)

Damien Raud intervient auprès de son jeune groupe : exceptionnellement, vous avez pu donner votre avis, car c’était un film hors compétition. Concernant les films en compétition, vous n’êtes pas autorisés à parler aux journalistes.

 

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Ma vie de courgette.

 

Dans votre compétition, il y a huit films, à quoi allez-vous être attentifs pendant la projection ?

(Blanc, personne ne répond.)

Charly : si le film est une comédie, il faut qu’il soit drôle. Si c’est une science-fiction, il doit y avoir de l’originalité et pas juste de l’action. S’il n’y a pas d’histoire, ce n’est pas intéressant.

Guillaume : bah, on va faire attention un peu à tout : aux personnages, au scénario, au jeu des acteurs, à l’art, aux dialogues.

 

 Allez-vous prendre des notes pendant la séance ?

Charly : je vois mal comment cela va pouvoir être possible car les salles sont souvent dans le noir, peut-être après le film alors.

 

 Après un film, comment allez-vous vous organiser pour en discuter et le juger ?

Gabin : normalement, on va faire des débriefings pour voir si on a aimé ou pas.

Damien Raud : je n’ai pas encore eu le temps de vous l’expliquer, je vais profiter de l’occasion pour le faire maintenant. Ouvrez grands vos oreilles. Après chaque film, nous allons nous réunir et organiser un petit débriefing. Chacun pourra à son tour donner son avis et dire tout ce qui lui passe par la tête. Vous allez voir, au début, ça va être beaucoup de « j’aime » - « j’aime pas » et petit à petit ce sera « je trouve que le cadre n’était pas du tout adapté à la musique ». Votre conscience et vos réactions vont évoluer. Votre niveau de réflexion va se structurer et vous allez faire attention à de plus en plus d’éléments.

 

Vous êtes-vous renseignés sur les films de votre compétition ?

Charly : non pas du tout, on ne sait même pas ce qu’on va aller voir. Les animateurs ne veulent pas, pour le suspens.

Damien Raud : le titre du film leur sera dévoilé dix minutes seulement avant la projection. J’insiste pour qu’ils ne lisent pas de synopsis et qu’ils ne regardent pas de bande-annonce. Ça permet de garder la surprise mais surtout ça permet de ne pas attendre un élément qu’on a lu ou vu. Si on s’attend absolument à voir quelque chose et qu’il n’arrive pas, alors on ne regarde pas le film.

C'est Paul à Québec de François Bouvier qui a remporté le Prix du Jury Junior en 2015.
C'est Paul à Québec de François Bouvier qui a remporté le Prix du Jury Junior en 2015.

 

Les films proposés au FIFF sont pour la plupart des films qu’on ne retrouve pas dans les grandes salles de cinéma. Cela vous fait-il peur d’être confrontés à des films auxquels vous n’êtes pas habitués ?

Les jeunes, en chœur : nooon…

Mattéo : c’est chouette de voir d’autres styles de film, de voir de la nouveauté, ça change.

 

Existe-t-il une identité, propre aux films de la francophonie ?

Charly : je ne sais pas du tout. C’est sûrement différent des films américains car ce sont des producteurs avec des visions différentes. Mais je n’ai jamais vraiment fait la distinction au cinéma entre des films américains et français.

 

Habituellement, quel genre de film aimez-vous regarder au cinéma ?

Charly : moi, je ne vais pas souvent au cinéma mais j’aime bien regarder des films chez moi. Ce que je préfère, ce sont les comédies, les films de science-fiction ou les films d’action. Je n’aime pas les dessins animés ou les films d’amour.

Gabin : moi, j’aime tout ce qui est original et pas trop banal, les films d’action et les comédies aussi.

Mattéo : j’aime bien ce qui est drôle, donc surtout l’humour et aussi un peu les films d’action.

 

Vous êtes actuellement en 2e secondaire. Vous avez passé des épreuves de sélection en 1er secondaire pour vous retrouver cette année au FIFF. Comment se sont-elles déroulées ?

 Mattéo : il y a eu une pré-sélection. On était dans une salle remplie, plus ou moins quatre-vingt personnes. Après avoir visionné trois courts métrages, on a dû répondre à un formulaire. Ensuite, ils ont sélectionné les quinze meilleurs qui ont dû passer devant des juges. Et finalement, ils ont gardé huit finalistes.

 

Quel était le type de questions ?

Charly : c’étaient des questions sur nous, notre personnalité, nos qualités, nos défauts, nos motivations, sur la francophonie, sur pourquoi nous et pas quelqu’un d’autre. Ce n’était pas que sur le cinéma.

 

Quelles sont les motivations de votre candidature au jury junior 2016 ?

Charly : je n’avais jamais participé à un jury et ma prof de français qui en avait parlé à toute la classe m’a vraiment donné envie d’essayer. Je pense que c’est une expérience inoubliable.

Gabin : ma marraine travaille au FIFF. Elle m’avait parlé de cette expérience et de mon côté, j’aime bien réaliser des petits films en privé.

Mattéo : moi, ce qui m’a motivé, c’était la large sélection de films de qualité et la possibilité de voir beaucoup de films en peu de temps.

Margaux : j’avais envie de faire de nouvelles rencontres et de voir une autre facette du cinéma. Pendant cette semaine, on va se poser plus de questions, on va faire attention à des détails qu’on ne voit pas quand on va au cinéma avec nos amis et nos parents.

 

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1:54 remporte le prix du Jury Junior 2016.

Vous allez remettre un prix lors de la cérémonie des Bayard, c’est une belle responsabilité, cela vous stresse-t-il ?

En chœur : non !

 

Comment allez-vous procéder pour choisir le film vainqueur ?

Damien Raud : vous (en s’adressant aux jeunes) ne le savez pas encore mais le processus final se déroulera en trois étapes, une fois que tous les films auront été visionnés. D’abord, vous allez éliminer les films que vous êtes certains de ne pas vouloir garder. Ensuite, vous allez rediscuter, relire les débriefings et garder uniquement deux films. Pour terminer, vous allez voter. C’est rarement l’unanimité qui l’emporte, généralement c’est quatre contre trois.

 

La première interview de Charly, Mattéo, Gabin, Chloé, Guillaume, Judith, Maïra et Margaux s’est terminée avec de larges sourires. Si les langues des adolescents n’étaient pas encore entièrement déliées, une réelle énergie se dégageait du groupe. Avec certitude, ce jury junior remplira parfaitement sa mission et remettra avec beaucoup de sérieux au lauréat la sérigraphie représentant le cheval Bayard de l’artiste Nelly Brunneel, étudiante à l’académie des Beaux-Arts de Namur.