Enfin un film qui traite la fin du monde avec un regard humain ; après la vague de blockbusters et autres bulldozers dopés aux explosions, effets spéciaux et théories aussi hasardeuses que paranoïaques, Brian Horiuchi réalise et écrit un véritable drame apocalyptique, quasi intimiste, empreint de sentiments et d'émotions qui vont bien plus loin que de simples sensations.

150416 BIFFF_Parts per Billion 1Quelques notes jouées à la guitare, exécutées avec lenteur et simplicité, ouvrent le film sur le visage creux et inquiet d’une jeune fille. Quelque chose ne va pas. D’emblée, un malaise s’installe et embarque le spectateur avec une force insoupçonnée. Les scènes vont se succéder, sans ordre chronologique, mais autour d'une ligne directrice importante : les personnages. Car ce n'est pas une seule histoire que Horiuchi nous présente, mais une demi-douzaine.

Il y a tout d'abord ce couple, boiteux mais amoureux, qui envisage une vie à deux à l'aune d'un monde qui s'éteint. Ensuite, on suit le crépuscule de deux personnes âgées qui survivent tant bien que mal, passant d'un hôpital à l'autre, et devant pour cela contourner les cadavres qui jonchent les routes. Il y a enfin ce couple, jeune et encore hésitant, qui se construit et qui avance dans la vie, à tâtons. La fraîcheur et la jeunesse des amoureux, qui ne semblent plus avoir conscience du monde, constituent un puissant contraste avec le monde qui s'étouffe et entre en déliquescence autour d'eux. Leur sort est poignant et révèle la scène la plus forte du film, qui nous montre deux êtres faisant l'amour tandis que résonnent derrière eux les sirènes d'alarme, ultime glas de l'humanité.

Autour d’eux, on croise les silhouettes de gens qui courent pour sauver leur vie, des bulletins d'informations exposant l'évolution alarmante de la situation et des personnages secondaires qui nous rappellent la trame et les enjeux du film. Tous ces éléments sont autant de ressorts intelligemment construits et brillamment mis en scène. Ils nous dispensent judicieusement des sempiternelles catastrophes à base de foules en panique et d'explosions d'hélicoptères.

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Si l’intérêt premier du film réside dans le traitement de ses personnages, son découpage est aussi remarquable. Les temporalités sont mélangées : aux scènes d’apocalypse s’articulent des images d’espoir, où les protagonistes rêvent de leur famille idéale. Et ça fonctionne : d'une part, on ne perd pas le fil de l'histoire, qui reste simple et maîtrisée ; d'autre part; le spectateur s'attache à des personnages qu'il sait condamnés.

Le résultat est une réussite, malgré quelques petites maladresses (il s’agit tout de même du premier film du réalisateur) et une certaine lenteur. Nous remercierions presque cette esthétique minimaliste, qui nous place à mille lieues du film de science-fiction « traditionnel ». Nous ne sommes pas dans le grand spectacle brut, mais dans une langueur subtile, qui entrecroise divers destins, différents personnages qui catalysent en eux les plus simples sentiments humains, dans lesquels nous pourrions tous nous projeter.

Car le message du film est là, conscient de ce qu'il raconte : si Parts per Billion se réfère à cette pollution qui conduit inévitablement l’humanité à sa disparition, ce titre évoque aussi le sort de ces six personnes qui, grâce à la caméra, deviennent les représentants d’une cause perdue.

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Parts per Billion Réalisé par Brian Horiuchi Etats-Unis, 2015 Avec Frank Langella, Gena Rowlands, Rosario Dawson 102 minutes