La première fois que j’ai vu Jurassic Park, je me souviens du traumatisme lorsque le T-Rex a poussé son premier rugissement. Vingt ans après, les rumeurs vont bon train et le titre Jurassic World fuite en même temps qu’une sorte de faux trailer filmé au smartphone. Le nom de Spielberg ressort aussi, puis finalement le nom de Colin Trevorrow est lancé. Un inconnu ? Ok ! C’est une technique bien connue, on prend une bouteille à moitié vide et on formate ce qui reste à remplir.

150624 Jurassic World 1Le film commence… sur une chanson de Noël ?! Soit, un film de Noël en juin, on a déjà vu pire. Après une introduction à la construction des plus banales mais suffisamment longue à mon goût, le spectateur arrive enfin à Jurassic World. Le parc est ouvert et il grouille de monde ! Génial ! Ça va être le carnage.

Pendant près d’une heure, le spectateur fait connaissance avec le nouveau parc et les personnages qui feront l’histoire. Première erreur : il y en a trop, et presque aucun d’entre eux n’a réellement de substance. On a l’impression que leurs identités ont été piochées au hasard dans un chapeau et que leurs caractères ont été stéréotypés à l’extrême. Ils incarnent ainsi des personnages tellement caricaturaux qu’on pourrait penser à une version 2.0 de la commedia dell’arte.

La deuxième erreur vient du fait qu’il n’y a que trois personnages féminins. Certes, nous sommes dans un film de dinosaures, créatures violentes et sanguinaires, ce qui peut par machisme justifier la présence d’un casting majoritairement masculin (bien que tous les dinos de Jurassic World soient des femelles), mais ici cela relève presque de la misogynie. La femme est totalement reléguée au rang de nunuche décérébrée, obsédée par son look et n’ayant aucun sens des responsabilités, voire aucun bon sens. Seule une d’entre elles accomplit des actions qui participent à l’évolution de l’histoire. Dans le premier opus, Ellie Satler possédait des connaissances sur les dinosaures qui étaient très utiles à la survie des personnages, tandis que Lex avait des compétences en informatique qui permettaient de sauver le groupe (à peu de choses près).

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Ensuite, le moment que tout le monde attendait : la révélation du méchant du film, l’OGM nommé Indominus Rex, composé d’ADN de carnatosaure, majungasaure, rugops, gigantosaure, Tyrannosaure et de raptors. De quoi faire frissonner n’importe quel paléontologue. Comme on se plaît à nous le rappeler pendant tout le film, il ne sera pas le cauchemar des enfants, mais plutôt celui des parents.

Tout le propos sur la création de l’I-Rex est une critique de la société de consommation, et autres téléréalités. Les mots sont lancés pendant toute l’introduction du film : plus grand, plus gros, plus de dents. Un simple dinosaure ne suffit plus à divertir le public (que leur faut-il de plus ?). Il faut du spectaculaire, de l’effrayant, du jamais vu, et c’est justement cela qui justifie la création de l’Indominus Rex.

Critique de la société de consommation certes, mais un peu osée lorsqu’on sait que ce film rapportera le plus au box-office de 2015 et qu’il ruinera les parents en jeux vidéos, en jouets, en goodies... que leurs enfants réclameront.

Du côté du visuel, la mise en scène, le design des dinosaures et les accessoires utilisés sont un bel hommage au premier opus, mais malheureusement les fans se sentiront un peu floués en sortant de la salle, car l’apparition du T-Rex ici relève plus du caméo que d’un rebondissement scénaristique.

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Le film réussit pourtant à ne pas être d’un ennui total et à vous faire passer un bon moment. La construction en trois actes est classique mais très habilement calibrée afin que le spectateur ne s’ennuie jamais. Il va même jusqu’à oser faire rire volontairement et avec brio, sans jamais tomber dans le graveleux.

Vincent D’Onofrio compose un excellent méchant au comportement tout à fait révoltant. Chris Pratt tire son épingle du jeu et fait montre d’un charisme plus affirmé que dans son personnage de Star Lord dans les Gardiens de la galaxie.

Beaucoup de critiques négatives ont été formulées à propos des images de synthèse ; eh bien, figurez-vous qu’en plus du retour des animatronics, certes moins présents que dans le premier opus, le film se paie le luxe d’animer tous les dinos indépendamment les uns des autres, ce qui vous plongera totalement dans l’ambiance du parc. Vous vous surprendrez à penser par moments que c’est une véritable faune qui se déplace sous vos yeux.

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En conclusion, Jurassic World n’est pas le plus mauvais opus de la saga. Il mérite d’être vu. Sa construction, bien que similaire à celle des autres films du cycle, est agrémentée de quelques très bons éléments de surprise, et sa progression est malgré tout fort différente des trois premiers. Il possède le casting le plus lourd de stars de la saga et, on peut le dire, il réussit là où ses deux prédécesseurs ont échoué : combler les lacunes scénaristiques avec du visuel époustouflant.

On se plaît à y remarquer l’héritage de John Hammond, mais papa Steven, dont on sent la supervision, aurait dû être plus présent derrière la caméra que derrière son bureau. Il manque simplement cette petite touche de magie qui avait émerveillé le public il y a vingt-deux ans.

Les dinosaures règnent-ils donc encore ? Pas sûr, mais nous le verrons sans doute dans la suite, car la fin le suggère clairement : nous sommes loin d’en avoir fini avec ces animaux à sang chaud que nous avons pris pendant des années pour de gros lézards.

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Jurassic World Réalisé par Colin Trevorrow États-Unis, 2015 Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Omar Sy 124 minutes