Aliénor Debrocq dresse une vision kaléidoscopique de l’enfantement, d’un point de vue essentiellement féminin. Elle mélange avec subtilité son expérience intime aux questionnements à résonance sociétale, voire universelle. À voie basse est son second recueil de nouvelles, paru chez Quadrature, une maison d’édition belge entièrement consacré à ce genre littéraire.

Tu ne peux pas te contenter d’une seule chose. Faire un bébé. Il fallait que tu crées un projet littéraire qui accompagne cette aventure, qui transcende ton quotidien, qui dépasse ta simple destinée.

Cette adresse bourrée d’autodérision bienveillante de l’auteure à elle-même et tirée du dernier texte éponyme du recueil, « À voie basse », expose clairement le projet en question. Et on se réjouit, nous, qu’Aliénor Debrocq ne sache pas se contenter d’une seule chose, avec pour effet de se retrouver avec son livre entre les mains.

Le propos n’est pas dogmatique. Il ne s’engage pas dans la démonstration qu’une grossesse serait un acte d’épanouissement ultime ou, à l’inverse, positivement dispensable pour une femme. Ce que les textes creusent, c’est le doute autour de la maternité et l’ambivalence de l’acte de mettre au monde un nouvel être. Puisqu’il ne s’agit pas d’un essai mais bien d’une fiction, le doute est incarné dans une matière vivante. Les personnages des différentes histoires s’en sortent plus ou moins bien. Se frottant tour à tour au couple en crise après l’enfant, à la rupture avec les copines, à la souffrance du corps, mais aussi à la joie terrible de la naissance. L’auteure n’hésite pas non plus à nous (s’)offrir une belle histoire d’amour en écho à la « crise des immigrés ». « La seule fiction dont elle était encore capable », écrit-elle dans la nouvelle précédente, alors que le personnage cherche à « écrire un truc bien glauque entre deux tétées. Pour s’échapper ».