J’ai rencontré Victoire de Changy à l’heure du thé dans un joli café du centre de Bruxelles. Nous nous sommes calées toutes les deux au fond d’un canapé en velours. Un joli cocon pour l’entendre me raconter l’aventure de son premier roman, ses lectures du moment, son amour de la photographie presque aussi grand que celui de la littérature. Nous sommes arrivées au bout du thé, sans que j’aie vu le temps passer.

Comment s’est passée l’écriture de ce premier roman ?

J’écris depuis que j’ai l’âge de tenir un stylo. J’ai rempli beaucoup de carnets, je tiens un blog depuis que j’ai treize ans. Je me suis toujours dit que je serais écrivain. Je n’imaginais pas faire autre chose. Mais je repoussais le moment. Et puis, il y a un an, des mouvements dans ma vie m’ont conduite à me dire : écris ce livre ; au moins tu sauras. Je me suis mis beaucoup de pression. J’ai trouvé une résidence d’écriture à Vauvert. Je me suis enfermée pendant un mois. Je me levais à des heures incongrues, je me couchais à des heures incongrues, je mangeais à des heures incongrues. J’avais une vague idée, et embarqué tous mes carnets. J’ai utilisé beaucoup de matière existante pour écrire ce livre. Après, je l’ai laissé un peu reposer.

La sortie du livre ressemble-t-elle à ce que tu avais imaginé ?

La confection du livre ne ressemble à rien de ce qu’on imagine. Il y a des choses merveilleuses et des choses plus dures. Des renoncements. Après la sortie, c’était extraordinaire : des inconnus m’ont lue et m’écrivent. Aujourd’hui j’ai tendance à minimiser. Je me sens parmi les autres. À cette rentrée littéraire nous étions 580… Mais je sais aussi que je sais le faire. J’ai pris le train et ne le quitterai plus. D’ailleurs j’ai tout de suite écrit un deuxième roman, après avoir terminé le premier, car cela faisait partie du parcours de l’Atelier des écritures contemporaines de La Cambre auquel j’ai participé.

À ce propos, tu as fait partie de la première promotion de l’Atelier des écritures contemporaines de La Cambre, qu’y as-tu appris ? Commencerait-on en Europe à considérer, comme aux États-Unis par exemple, que l’écriture est un art qui s’apprend ?

Je ne pense pas que c’est un art qu’on peut apprendre. Pas davantage qu’un autre. Ce sont des études prétexte qui permettent de produire énormément grâce aux contraintes d’écriture, aux deadlines. Concrètement, l’atelier prend la forme de conférences d’auteurs qui parlent de leur pratique. Et nous recevons des retours sur les textes que nous produisons. Nous recevons des notes aussi, c’est troublant.

Tu tiens un blog littéraire (http://victoiredechangy.be/) depuis des années, quelle différence avec l’écriture d’un roman ?

Sur le blog, je publie des textes écrits en dix minutes qui ont besoin d’être publiés tout de suite. Pour le moment, par exemple, j’écris sur des attitudes de gens dans le bus. Cela dit, je ne sais pas quelle est la différence en termes d’écriture. Un ami m’a dit que le livre était plus dur, plus violent. Peut-être que j’arrondis davantage les angles sur le blog car les textes peuvent apparaitre, sur le fil des réseaux sociaux sans que les gens l’aient demandé. J’ai moins de pudeur dans le livre.

Qu’est-ce que tu lis en ce moment ?

J’ai terminé Une chance folle, un très beau roman d’Anne Godard paru à la rentrée de septembre aux éditions de Minuit. Pour le moment je picore dans une anthologie poétique de Lyonel Trouillot, C’est avec mains qu’on fait chansons (Le Temps des cerises, 2015), et dans un livre que l’on m’a offert, Éloge du risque (Payot et Rivages, 2011) de la psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle, décédée cet été.

Est-ce que tu continues à lire quand tu écris ?

Oui ! On est tout le temps influencé par tout ce qu’on lit, il faut se laisser faire. Je lis des auteurs qui ont des narrations très particulières. Par exemple Hélène Cixous : c’est très beau mais on ne comprend presque rien. Soudain un mot fait résonance dans ma tête et ça m’aide beaucoup dans ma propre écriture.

Et un.e auteur.e belge dont tu voudrais nous recommander la lecture ?

La poétesse Charline Lambert (Chanvre et Lierre, Le Taillis Pré, 2016), parce qu’écrire de la poésie est un art rare et que Charline Lambert le pratique avec le sens de la justesse. Je recommande aussi les « presque poèmes » de l’artiste Jérôme Poloczek à lire sur son blog (http://www.popovchka.net/).

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Une dose de douleur nécessaire

Victoire de Changy
Autrement, 2017, 142 pages