Frankie & Johnnie
est un court roman de Meyer Levin,
l’auteur de Crime, écrit en 1930.
Il nous replonge dans les affres
et bonheurs de nos amours adolescentes.
14 février ou non,
on le lit avec délectation.

Frankie (c’est l’abréviation de Frances) est une jeune fille en fin de lycée. Elle n’a encore jamais embrassé un garçon. Elle est vierge, bien sûr. Johnnie a quelques années de plus mais pas vraiment d’expérience amoureuse non plus. Ces deux-là se rencontrent à une fête par le biais de Steve, copain de Johnnie et grand frère de Frankie. Il aura suffi d’un « c’est ma frangine », pour qu’une attention naisse entre eux. Il faudra davantage de temps pour qu’ils la qualifient d’amour. C’est que les étapes sont rudes et nombreuses. La gêne des débuts, la crainte d’être rejeté, la recherche laborieuse d’un coin tranquille où s’embrasser. Et une fois surmontés ces moments-là, que reste-t-il ? Le couple, si jeune, n’est-il pas en proie aux mêmes risques que les autres : les habitudes, l’érosion des sentiments… Et que faire de ce désir immense, omniprésent, qui les consume sans qu’ils ne s’autorisent à le satisfaire, alors que les contraintes sociales sont encore trop fortes ?

Le titre original du roman, The Young Lovers (Frankie and Johnnie), dit beaucoup de l’universalité du propos. Frankie et Johnnie, c’est l’histoire d’une fille et d’un garçon qui tombent amoureux. Le fait que le roman ait été écrit en 1930 n’enlève rien à sa modernité. On se sent revenir en adolescence, avec un mélange de tendresse et de terreur. On se souvient des stratagèmes pour rencontrer l’autre, de la peur de ne pas savoir embrasser, de notre cœur qui bat la chamade la première fois qu’on nous prend par la main. Les contraintes sociales étaient un peu moins fortes pour nous. L’interdiction du sexe avant le mariage, dépassée. Ça nous aura un peu facilité les émois mais, soyons honnêtes, on n’en menait pas large pour autant.

On se souvient des stratagèmes pour rencontrer l’autre, de la peur de ne pas savoir embrasser, de notre cœur qui bat la chamade la première fois qu’on nous prend par la main.

La plongée est d’autant plus saisissante que le style est efficace. L’écriture de Meyer Levin (1906-1981) est profondément américaine. Il a cette faculté de dire les choses de manière très précisément juste avec les mots du quotidien. Cette capacité à faire un grand roman en moins de deux cents pages. Le style de Meyer Levin évoque, avant l’heure, celui de Salinger. Il y a du Holden Caulfield dans Frankie et Johnnie. Ou plutôt : il y a du Frankie et Johnnie dans Holden Caulfied. La note de l’éditeur précise d’ailleurs : « il se murmure que J. D. Salinger aurait trouvé dans ces pages quelques raisons de devenir lui-même écrivain. » Pour le coup, on veut bien croire à la rumeur.

Frankie & Johnnie est à recommander à ceux qui, ayant relu huit fois l’Attrape-Cœurs, en veulent encore. À ceux qui ont été amoureux une première fois. Et à ceux qui en rêvent. Joyeuse Saint-Valentin littéraire aux adolescents de tous les âges !

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Frankie & Johnnie

Écrit par Meyer Levin
Phébus, « Libretto », 2000, 174 pages