Le lecteur trouvera certainement, dans Fraudeur, ce qu’il cherche, quoi qu’il cherche. Le dernier roman d’Eugène Savitzkaya suivant la façon dont on le lit, suivant la manière dont on le considère, offre différentes lectures.

On pourrait tantôt considérer Fraudeur comme le recueil d’un scénario où le lecteur, tapi derrière la caméra, avance, recule, change d’avis ou de trajectoire avec l’auteur.

Mais avant d’ouvrir la barrière que ferme une targette coulissante, faisons quelques dizaines de pas en arrière jusqu’à la cabane à lapins quel le garçon visite à chaque fois qu’il met les pieds dehors pour humer l’air ou partir en promenade.

Fraudeur, ce pourrait être aussi un ensemble de descriptions détaillées de paysages, disons de paysages au sens large du terme : de l’Ukraine maternelle aux vergers de la Hesbaye, jusqu’à l’entrecuisse d’une femme, puis d’une autre encore, terrains, semblerait-il, toujours fascinants, à jamais inexplorés, variés.

Et l’herbe croît, fleurit, sème et meurt. Si nulle faux ne passe.

Il a vu sa vulve ouverte quand il passait devant ses jambes écartées. Il a vu ouverte son bec de perdreau. Il ne regardait que ça dans le grand été voilé de la brume.

Si on le veut bien, on trouvera dans Fraudeur une série de recommandations à propos, ainsi qu’un nombre considérable de questions ; les réponses, pour la plupart, restant à l’initiative du lecteur.

N’acceptez jamais de foin rouillé pour vos petites bêtes, […]
Connais-tu, l’ami, le goût des pirojki à la viande de bœuf […] ?
De quoi se repose-t-elle ? Est-ce à cause de cet été infini ?

Fraudeur, enfin, c’est peut-être des parcelles de poésie, accolées dos à dos, perles à piocher et à ranger dans une poche, ou à écrire sur un mur, sur la peau d’un amant.

Voilà peut-être le manteau qui sied le mieux à Eugène Savitzkaya, celui-là même à qui ses poèmes avaient valu une grande reconnaissance dans les années 1970, alors qu’il entrait tout juste dans la vingtaine.

Voir les forêts par la fenêtre, manger, boire, faire l’amour avec une renarde, vivre en plaine sur bonnes suspensions, […] écrire des lettres aux rois, aux reines et aux fées, ruminer à travers la vaste plaine sans contours sous le ciel d’un bleu nu.

Fraudeur, c’est l’histoire d’un fou, d’un fou-fraudeur, et le roman est peut-être tout, sans chronologie haletante, tout, justement, sauf un roman. Si je dois bien avouer que ce manque-là dans les multiples facettes de Fraudeur m’aura empêché d’être totalement convaincue, – j’attendais un roman ! – nul doute que la prose d’Eugène Savitzkaya saura, à nouveau, en charmer plus d’un.

En savoir plus...

Fraudeur

Écrit par Eugène Savitzkaya
Roman
Minuit, 2015, 168 pages