J’ai senti battre notre cœur est le court récit du commencement d’une histoire d’amour. Écrit en je l’amoureuse, en tu l’homme aimé, et au nous naissant.

Les phrases sont courtes, les mots simples, le texte cherche à être au plus près, sans passer par les grandes envolées. Il raconte par touches et facettes, dans la temporalité propre de l’histoire d’amour : le temps de la rencontre en boucle quand on réassemble les gestes qui bout à bout l’ont fait naître, temps hors du temps passé avec l’autre. Véronique Janzyk y accorde le rythme de la marche. C’est que l’être rencontré aime, sinon écrire, marcher. La marche ponctue déjà la rencontre.

Véronique Janzyk.

Le soir du ciel sur la tête, dans ce musée, le soir du premier ciel, le soir de toi à contresens, rien ne tourne rond, et ce sera notre force, notre raison d’être. Les amis qui devaient m’accompagner oublient le rendez-vous. Je me retrouve seule face à toi. Toi, ce soir-là, tu oublies ton chapeau, sur un mange-debout. Tu perds de vue le chapeau, mais tu captes mon regard sur le chapeau déposé là. C’est ainsi que nos regards se croisent une seconde fois au cours de la soirée, la première c’était lorsque tu marchais.

ans une interview1 à propos de son dernier film, Plaire aimer et courir vite, le réalisateur Christophe Honoré disait : « de la même manière qu’un virus se transmet, un langage amoureux se transmet, des gestes amoureux se transmettent. » Il citait l’exemple d’une personne au sein d’un couple qui devine un adultère parce que soudain l’autre fait un geste inhabituel, geste qui ne vient pas de leur couple mais de quelqu’un d’autre. Dans J’ai senti battre notre cœur, c’est le langage d’un nouveau couple qui se construit. La marche qui les tient côte à côte souligne aussi les dissonances. Si l’un marche, l’autre suit ? « Qui marche au rythme de qui ? », s’interroge Véronique Janzyk. Découvrir le langage du couple passe ici par la recherche d’un souffle commun.

À marcher ainsi, si vite, je sentais qu’une fine pellicule nous enveloppait tous les deux. Enrobés par elle, nous fendions la foule. Un jour, je nous ai perçus dans des emballages respectifs. J’ai espéré que ce serait transitoire.

Les phrases sont courtes, les mots simples, le texte cherche à être au plus près, sans passer par les grandes envolées.

Le livre de Véronique Janzyk m’a un peu fait penser au premier roman de Victoire de Changy, Une dose de douleur nécessaire, chroniqué il y a quelques mois dans Karoo. Ces deux textes, chacun dans leur langue et poésie propres, abordent l’histoire d’amour sous les angles infinis de l’infiniment petit : la vitesse des pas, un chapeau, un manteau, des insectes… Et tous deux m’ont fait me poser cette même question : non pas qu’est-ce que l’amour, mais qu’est-ce qu’une histoire d’amour ? Comment met-on l’amour en récit ? Le récit pourrait être une manière d’ordonner le chaos. Pour raconter une histoire d’amour on sélectionnerait sur sa frise chronologique les principaux faits marquants, une rencontre un baiser une dispute un bébé. Mais le récit pourrait aussi, plutôt que de l’ordonner, donner à voir le chaos – et quoi de plus chaotique que l’amour ? On pressent qu’il en sera plus juste. Le texte de Véronique Janzyk sonne juste parce qu’il tente de mettre en récit l’amour en scrutant de très près les gestes qui le dansent, sans factualiser, mais sans non plus ignorer les mythes et mensonges qui le façonnent.

En savoir plus...

J’ai senti battre notre coeur

Écrit par Véronique Janzyk
Éditions Onlit, 2017
120 pages


  1. Interview dans l’émission de La Première RTBF « Dans quel monde on vit », le 23 juin 2018 à réécouter ici : https://www.rtbf.be/auvio/detail_dans-quel-monde-on-vit?id=2366420