À la fois roman d’internat, d’aventures et d’amour, le Copain de la fille du tueur de Vincent Villeminot est un livre inclassable. Un excellent exemple, aussi fun que virtuose, de l’inventivité de la littérature ado francophone contemporaine.

Charles s’ennuie dans son internat suisse où il côtoie les fils et filles des puissants de la planète. Heureusement il rencontre Touk-E, l’héritier désabusé d’un dictateur africain, avec qui ils mettent sens dessus-dessous l’internat, questionnant sans cesse l’ordre établi. Puis arrive une autre nouvelle élève, une fille blonde et mystérieuse qui se cache sous sa capuche. Charles a beau ne pas connaître son prénom, elle le bouleverse.

Vincent Villeminot connaît ses genres sur le bout des doigts. C’est réjouissant : il prend les conventions les plus en vue de la littérature young adult et en tire un mélange parfaitement cohérent. Le Copain de la fille du tueur est à la fois un roman d’internat, une histoire de sport, un premier amour torride sur fond de montagnes, un roman fantastique, et un thriller palpitant. Pour autant, ce n’est pas du gimmick : le passage entre les frasques de Touk-E et Charles à l’échappée passionnée de Charles et Selma (c’est le prénom de la fille mystérieuse, on finit par l’apprendre) est parfaitement organique et mérité. C’est ce qui fait tout le sel : ce roman est un amas de conventions, mais elles sont utilisées à bon escient, et on ne sent pas les coutures.

Vincent Villeminot.

Tous ces éléments sont traités très au sérieux, jusque dans leurs conséquences émotionnelles les plus fines. Quand Charles se demande (attention spoiler) s’il ne pourra jamais aimer une fille télépathe, avec toute la perte d’intimité que ça implique, c’est parfaitement déchirant. Les pouvoirs magiques, ce n’est pas simple. Le premier amour non plus.

Les personnages sont, à première vue, criminellement stéréotypés. Charles, le fils de poète est sensible et réfléchi ; Touk-E, le lascar africain fils de dictateur est baroudeur et désabusé ; Selma, la fille d’un chef de cartel mexicain est mystérieuse et rude,… Mais c’est exprès : ça s’inscrit dans le jeu des genres de Vincent Villeminot. De plus, ces adolescents ont un cœur et dépassent bien vite les limites des catégories auxquelles ils sont assignés. Ils se disputent, s’aiment, et grandissent. Le travail des dialogues est particulièrement réussi : chaque personnage a une voix, une vraie voix d’ado, qui scintille par contraste dans cette narration au passé simple, classique et élégante.

On dit parfois qu’une des différences entre la littérature de jeunesse et celle des adultes, c’est la porosité des limites entre genres. Un ado lecteur passera sans trop se poser de questions de la SF à la fantasy puis au roman réaliste. L’offre s’en ressent, et les rayons sont moins séparés qu’en adulte. Ça donne lieu à des livres inclassables, comme le Copain de la fille du tueur. Alors hourra pour la littérature de jeunesse ! J’ai hâte d’en lire d’autres.

La taxonomie sélectionnée pose problème. Réessayez ou choissez-en une autre.

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Le Copain de la fille du tueur

Ecrit par Vincent Villeminot
Edité par les éditions Nathan
2016.