Le nouveau roman de l’écrivain belge Charly Delwart, Chut, met en mots ces pensées qui ne peuvent être dites. Celles d'une jeune fille dans la Grèce d'aujourd'hui, en crise avec ses convictions et ses recherches.

Dimitra est une adolescente d’Athènes dans les années 2010, et la crise sévit autant dans la société civile et politique que dans sa famille. La jeune fille se pose évidemment de nombreuses questions, elle se cherche. À quatorze ans, quoi de plus normal ? Son idée pour mieux réfléchir à son identité, à sa situation et au contexte actuel : se taire. Laisser ses sens en éveil afin de mieux comprendre le monde qui l’entoure et ses subtilités. Remplacer ses paroles par des mots sur des murs, son nouveau projet afin de savoir qui elle est dans cette société en mutation.

Avec ce quatrième livre, Charly Delwart nous plonge au plus profond d'un un pays en crise. Crise financière mais aussi, et surtout, crise de confiance. Les pensées de Dimitra révèlent le mal-être d’une jeunesse qui tente de sortir la tête hors de l’eau, tant bien que mal. C'est l’espoir qui perdure malgré tout, grâce à l’art et à l’entraide renaissante au cœur de la société civile.

S'ouvrent ainsi, de page en page, les portes d’une nation si proche et, cliché résistant, si lointaine aussi. À quelques milliers de kilomètres de nous, dans la même Europe que la nôtre. Un pays qui se rengorge de soleil face à l’obscurité des mesures d’austérité imposées par la Troïka, cet organisme tout-puissant composé de la Commission européenne, du Fonds Monétaire International et de la Banque Centrale européenne. Tout un peuple soumis au diktat des politiques, ici abordé en chair et en os, au plus près de l'humain.

Chut est donc l'un de ces nombreux titres de cette « rentrée littéraire » de janvier qui n’en est pas une, mais qui y ressemble tellement. Mais un roman incontournable pour s’enrichir d’humanité. Car voilà qu'ici, la jeunesse est mise en exergue d’une façon atypique : la rareté des dialogues, présents dans quelques situations exceptionnelles, confère une puissance singulière aux pensées. Telles sont les pérégrinations d’une jeune fille, parfois futiles, souvent créatives et captivantes.

Ces errances ont un prix, celui d’une syntaxe parfois brouillonne et dispersée. Comme dans la réalité, l’héroïne laisse les mots défiler sans structure. Cela implique deux conséquences paradoxales : un univers totalement immersif déforcé çà et là par des phrases à rallonge ou désorganisées. Certains y verront la marque d'un style, mais on pourra s'y sentir parfois un peu perdu.

Reste que nous sommes envoutés par ces pages en pleine tête de Dimitra. Et nous avons eu un véritable coup de cœur pour ce roman.

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Charly Delwart
Chut
Seuil, « Fiction et Cie »
2015
176 pages