critique &
création culturelle
Bon Jean-Michel !
Capsule temporelle

Entre enquête et documentaire sonore, Bon Jean-Michel ! d’Enrico D’Ambrosio, Gildas Bouchaud et Gaëtan Arhuero nous invite à nous promener à travers les parcs pour découvrir l’identité du propriétaire d’une voix enregistrée il y a trente ans.

La vie d’Henri prend un tout autre tournant quand il décide d’acheter une cassette, un peu par hasard, à un marchand sur un trottoir. Il ne s’attend pas, alors, à découvrir une véritable capsule temporelle. Sur les enregistrements d’environ huit minutes, il entend un homme, a priori jardinier, qui s’adresse à un certain Jean-Michel, lui demandant conseil et lui évoquant son travail et ses déceptions. Henri est déterminé à retrouver cet homme dont il ne connaît que la voix et quelques indices épars. Progressivement, alors qu’il se lance à la recherche du mystérieux inconnu à bord de son camping-car, il rencontre des hommes et des femmes de métier, passionnés par les jardins et les espaces verts. De là, il recoupe les informations jusqu’à arriver dans le village de Châtenay-Malabry, dans la périphérie parisienne. Petit à petit, Henri parvient à remonter la piste de la cassette qui l’occupe depuis tout ce temps, et se voit atterrir dans un centre spirituel.

Dans cette chronique sonore qui retrace les péripéties d’Henri dans sa recherche du finalement dénommé Patrick, plusieurs contextes sonores sont mobilisés : coups de téléphones, entretiens, diffusion de la cassette du jardinier, enregistrement audio du journal de bord d’Henri… Il arrive parfois que l’on se trouve perdu en écoutant toutes les variations offertes par la chronique, et pourtant c’est aussi ce qui amène à sa dynamique une curiosité authentique : on souhaite nous aussi découvrir qui est cette voix, savoir où le périple nous mène. La quantité de voix enregistrées, et donc d’interlocuteurs, déstabilise également. Il arrive qu’on ne sache plus à qui l’on est confronté. Toutefois, cette confusion se justifie à un moment de l’enquête où les paroles s’entremêlent pour construire une tension narrative anxiogène et amener l’auditeur à partager la nervosité d’Henri.

C’est terrible de fouiller comme ça dans l’intimité des gens.

Si l’investigation d’Henri est l’intrigue centrale du récit, elle est également le prétexte à une dimension plus informative, à la façon d’un documentaire. En effet, chacune des personnes interrogées pour résoudre l’énigme commente sa fonction liée au jardinage ou à l’entretien des parcs. On en apprend donc sur les techniques en vogue dans les années 1980, les compétences mobilisées par certaines fonctions… Et grâce au témoignage enregistré dans ces années, les gens de métiers parviennent progressivement à identifier Frère Patrick à travers ses techniques de plantations, d’entretiens, et ses railleries au sujet d’enfants qui négligent son travail. À l’écoute de la chronique, et bien que ces anecdotes soient parfois insolites et drôles, comme lorsque Jean-Michel évoque sa tonte de pelouse avec de simples ciseaux, elles semblent parfois un peu superflues et peuvent égarer l’auditeur, déforçant ainsi l’intrigue. D’ailleurs, il arrive parfois qu’on s’interroge lors de l’écoute : est-ce davantage une fiction, une non-fiction, un documentaire… ?

On croit d’abord qu’Henri ne va jamais y arriver. Si Patrick fait part de ses doutes dans ses cassettes d’il y a trente ans, Henri nous fait part des siens au présent. Lui-même songe à abandonner alors qu’il est proche du but : « Il faut que je continue, il faut que je m’arrête. » On comprend que la résolution de ce puzzle fait partie intégrante de la vie d’Henri, comme le serait une obsession. Finalement, quand il rencontre enfin Patrick, leur conversation est à la fois banale et touchante. Le vieux monsieur explique son expérience, et le choc des générations s’opère, chacun ayant atteint une finalité qui lui est propre.

Bonne continuation, hein

[…]

On sait bien qu’il faut que ça s’arrête un jour.

Même rédacteur·ice :

Bon Jean-Michel !

Réalisation : Enrico D’Ambrosio, Gildas Bouchaud et Gaëtan Arhuero
Prise de son : Gildas Bouchaud et Gaëtan Arhuero
Montage : Gildas Bouchaud et Gaëtan Arhuero
Mixage : Gaëtan Arhuero, Gildas Bouchaud et Bastien Hidalgo Ruiz
Musique : Gaëtan Arhuero
Graphisme : Maëlan Le Meur
Une production ATOM[E] ASBL – 2020
Durée : 56 minutes