Le mashup est l’art d’hybrider des morceaux de musique qui de prime abord ne vont pas ensemble, pour faire naître du mélange une nouvelle œuvre. Sa plus simple expression serait de superposer les voix d’une chanson à la partie instrumentale d’une autre. Mais il en est d'autres.

Prenons par exemple Sunn O))), qui se prononce sun mais s’écrit comme la marque d’amplis Sunn. Championne de drone metal, ayant pris son nom en hommage au groupe Earth – pionner du genre –, la formation obéit depuis dix-huit ans à l’impératif « Maximum volume yields maximum results ». Ce qui signifie que le groupe balance en live un son lourd et lent à 120-125 dB ; plus ça va fort, plus l’air de la salle s'épaissit. Disons que c’est une musique de type « physique ». Mettons en face John Coltrane, champion pendant vingt et une années de l’expérimentation au saxophone. Laissons-les se battre sur une table de mixage : ça donne Co)))ltrane, pièce musicale où les murs monolithiques des guitares du premier groupe forment la toile de fond du jeu dynamique voire frénétique du second musicien.

[youtube id="-6zSbtcQ5ZA"]

L’exemple est de niche, j’en conviens, mais il montre en plein comment la mise ensemble de deux styles radicalement différents peut créer quelque chose de nouveau et d'imprévisible à l’écoute des morceaux séparément. On retrouve une même explosion des genres avec des projets tels que Beatallica (paroles des Beatles, musiques de Metallica) ou le très kitsch Delpech Mode, à la gloire de Depeche Mode et Michel Delpech.

Ce qui me fascine dans le mashup, c’est la possibilité de ne pas considérer le morceau de musique comme une chose figée et inaltérable dans l’intention de l'artiste, mais comme un objet culturel appropriable parce qu'étant lui-même le produit d’un certain terreau musical, pour en faire quelque chose de nouveau, voire d’expérimental : on peut le rapprocher du collage en arts plastiques.

Les mashups que j’affectionne le plus sont ceux qui me permettent d’écouter ou de réécouter des morceaux « grand public » mixés ensemble pour en faire une entité nouvelle dont je n’écouterais pas les parties isolées, voire qui deviennent « la » version du morceau que je connais, au point d’être déçu du manque de pêche des morceaux originaux quand je les découvre après coup. Dans ce cas, je trouve que les chansons d’Adele ou de Miley Cyrus se prêtent très bien au mashup.

hello_broken_dreams_t
... with a little help from my friend.

Pour la première, par exemple, je retiens Hello Broken Dreams sur la compilation Best of Bootie de 2015. Ce mix des DJs Entyme et Party Ben fond ensemble pas moins de quatre morceaux pour notre plus grand plaisir auditif : on commence sur une majeure vocale de Hello d’Adele, un tube entendu et réentendu, dont la ligne d’instruments est à mon goût faiblarde et peut rendre particulièrement somnolent ; les instruments sont remplacés par les guitares de Boulevard of Broken Dreams de Green Day, groupe emblématique du punk-rock aseptisé des années 1990 mais qui a le mérite de bouger un peu plus ; mais on retrouve aussi dans le dernier tiers du mix le Wonderwall d’Oasis, et un final se teintant de quelques notes Dream On d’Aerosmith !

D’autres mix sont aussi l’occasion de faire un voyage dans l’histoire de la musique, tout en actualisant celle-ci comme j’avais pu l’explorer sommairement dans l’article sur ma découverte d’A Tribe Called Red. Ainsi, We Will Breathe in the Name of Bangarang des Italiens DJs from Mars : l’entame se fait sur Queen avec We Will Rock You (1977) et Killing in the Name (1991) de Rage Against the Machine. Le second morceau ajoute un caractère acéré au premier, ce qui permet de joindre le rock des années 1970 et le rap métal des années 1990. Mais le mélange de genres reste cohérent : le style reste majoritairement rock, et RATM permet d’ajouter un tempo rap. Sur ce tempo, les DJs ajoutent Breathe (1996) de The Prodigy, dont les sonorités électroniques apportent  une nouvelle touche électro. Enfin (parce que non, ce n’est pas fini), une dernière transition est possible vers Bangarang (2011) de Skrillex, compositeur américain de musique électronique – qui par ailleurs a commencé à faire de la musique dans un groupe de sous-genre de musique punk.

Les mashups, dansants sinon très drôles, sont également des blind tests en puissance quand j’essaie de débusquer les morceaux qui font partie du mélange. Pour s’en faire une petite idée, je recommande aux curieuses et aux curieux quelques sites qui distillent ces divins mélanges.

 

heartis.at, catégorie Mashups.

 http://www.entyme.com

http://partyben.com

http://bootiemashup.com/bestofbootie2015

http://bootiemashup.com/bestofbootie2014