La chorégraphe Michèle Noiret et le cinéaste Patric Jean proposent avec Hors-Champ un objet hybride particulièrement léché, qui emprunte au thriller sa tension et son étrangeté. Une manière un peu détournée de sentir ce que l’image et la technique font à la scène, et peut-être ce qu’elle nous font à nous.

« Long métrage scénique pour cinq danseurs et un caméraman », Hors-Champ présente le visage inattendu d’un thriller dansé. Dans un décor de maisons bourgeoises suburbaines, froides et sans traces, cinq personnages sont plongés dans une hallucination cauchemardesque où se mêlent scènes conjugales, courses poursuites dans des souterrains labyrinthiques et plongée dans un passé sous régime totalitaire.

Pour installer cette atmosphère d’inquiétante étrangeté, Michèle Noiret peut s’appuyer sur l’intense bande-son de Todor Todoroff, digne des films de genre les plus dramatiques, et surtout sur le travail du cinéaste Patric Jean. Film et scène se répondent comme champ et contrechamp, cadre brouillé d’une errance hallucinée. Les éléments de décor mobile, chambres de studio de cinéma autour desquelles cameraman et danseurs construisent le drame, contribuent à distiller l’angoisse.