Non, je ne suis pas frappée par une crise de mysticisme. Raté, je ne vous écris pas une critique « rattrapage » de La vie est un long fleuve tranquille. J’ai assisté à la représentation du Dernier Testament, mis en scène par Mélanie Laurent au Théâtre de Liège.

Depuis qu’elle a coréalisé le film Demain avec Cyril Dion, on pourrait imaginer qu’elle dédie son temps aux conférences sur les bienfaits du végétarisme tout en cultivant son jardin en permaculture. Encore perdu. Mélanie Laurent est aujourd’hui artiste associé à La Comédie de Clermont-Ferrand et, à ce titre, nous livre une relecture du livre de James Frey, le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom. Mine de rien, elle creuse le même sillon. Là où certains voient une parodie jouissive mais blasphématoire de la vie du Christ, elle prend le texte au premier degré et nous conte la venue du nouveau sauveur.

Ben Jones, ou plutôt Ben Zion Avrohom, naît en 1983 dans une famille juive neuf mois après une nuit dont les parents n’ont aucun souvenir. Ne ressemblant pas à son père, au contraire de ses frère et sœur, il est chassé de sa famille dès son adolescence. Ben traîne sa carcasse de petits boulots mal payés en nuits arrosées et sans sommeil dans des quartiers pauvres, rebut parmi les rebuts de la société. Jusqu’au jour où un grave accident se produit. Alors vigile sur le chantier d’un gratte-ciel, Ben se retrouve criblé des morceaux de verre d’une vitre qu’une grue transportait. Cliniquement mort plusieurs fois, il revient à la vie avec pour seul but d’aimer son prochain.

Qu’avais-je dit ? Jésus revient. Un Jésus du XXIe siècle, un Jésus capable de changer l’eau en vin mais qui préfère révéler aux hommes leur véritable personnalité. Un messie qui embrasse à pleine bouche les hommes, donne du plaisir aux femmes à leur en faire tourner la tête. Un sauveur qui offre l’espoir et permet à tous ceux qui peinent à garder la tête hors de l’eau aujourd’hui de penser demain.

Depuis qu’elle a co-réalisé le film Demain avec Cyril Dion, on pourrait imaginer qu’elle dédie son temps aux conférences sur les bienfaits du végétarisme tout en cultivant son jardin en permaculture. Encore perdu.
Depuis qu’elle a co-réalisé le film Demain avec Cyril Dion, on pourrait imaginer qu’elle dédie son temps aux conférences sur les bienfaits du végétarisme tout en cultivant son jardin en permaculture. Encore perdu.

La scénographie, faussement sobre, témoigne d’une esthétique recherchée. Le plateau recouvert de terre rappelle la dimension concrète et sensuelle de la vie tandis qu’une multitude d’ampoules, tombant littéralement du ciel pour certaines, matérialise la dimension spirituelle du propos. D’une ambiance très sombre qui rappelle une nuit étoilée, l’on passe, à mesure que Ben trace son chemin et répand l’espoir autour de lui, à une luminosité plus franche. Et c’est tant mieux, car l’entame du spectacle, si elle fait sens, peine parfois à captiver son public. Obscurs, lents et très verbeux, les débuts s’avèrent ardus. On sent la volonté de livrer, sans le dénaturer, un texte dense, quitte à assommer quelque peu le spectateur.

Heureusement, cette pesanteur ne dure pas. L’humour affleure et permet quelques respirations bienvenues. La scène du repas en famille fait exemple par son équilibre : à la fois légère et grave, drôle et cinglante, elle aborde la question de l’extrémisme religieux avec habileté et lui oppose une vision du sacré trouvant son fondement dans la beauté des choses simples.

Et si comme Ben vous pensez que « la parole de Dieu ne se trouve pas dans les livres » mais « dans l’amour, dans le silence du matin, […] dans un air d’opéra », peut-être l’entendrez-vous dans ce spectacle, certes inégal et quelque peu décousu, mais qui offre de véritables moments de grâce. On pense à ce magnifique chant a capella qui surgit de la salle — et tisse non pas un nœud mais un véritable ouvrage en macramé au fond de la gorge — ou l’explosion de joie de Nancy Nkusi, solaire et captivante de bout en bout, sous une pluie de bulles et de lumière.

 

En savoir plus...

Le Dernier Testament, d’après James Frey Mise en scène de Mélanie Laurent Avec Olindo Bolzan, Stéphane Facco, Gaël Kamilindi, Lou de Laâge, Jocelyn Lagarrigue, Nancy Nkusi, Morgan Perez Vu au Théâtre de Liège le 25 octobre 2016.