La Femme rompue, portée par Josiane Balasko au Théâtre de Namur, nous invite à rencontrer une femme qui, un soir de Nouvel An, esseulée, hurle sa vérité pour éviter de tomber. Une vérité qui écorche et blesse. Vive les fêtes ?

À qui parle Murielle en ce soir de réveillon de Nouvel An ? Depuis son petit appartement parisien, elle assiste au brouhaha des fêtards tout autour d’elle. Désespérée, elle exècre ceux qui échappent à la solitude, ce sentiment qui l’accompagne depuis longtemps maintenant, et qui la ronge. Elle se drape dans sa fierté pour mieux laisser entrevoir ses failles, aigrie et désespérée.

Elle qui vit dans époque où la société perçoit plus sévèrement la femme comme une épouse et une mère avant d’être une personne, elle a tout perdu. « Un homme sous mon toit, le plombier serait venu, le concierge me saluerait poliment […]. Merde ! Je veux qu’on me respecte, je veux mon mari, mon fils, mon foyer, comme tout le monde. »

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La femme rompue.

Mariée deux fois, elle a laissé tomber l’homme qu’elle aimait pour un mari qui finit par la quitter, non sans obtenir la garde exclusive de leur fils. Murielle vit dans le souvenir de sa fille qui s’est suicidée en laissant une lettre d’adieu adressée à son père. L’entourage de la famille la soupçonne d’être à l’origine du drame, elle réfute cette accusation avec toute l’énergie nécessaire pour se convaincre de son innocence.

Le monologue est issu d’un des recueils de nouvelles de Simone de Beauvoir, la Femme rompue. C’est un texte cru, sans détours, à l’image de cette femme qui jure être sans compromis, « propre » au contraire des autres, les « pouffiasses » qui se pavanent ou de sa mère, « cracra », qui s’enduit de parfum sans prendre la peine de se laver. La propreté, un thème qui ne cessera de revenir dans la bouche de cette femme, jusque dans les sonorités des insultes puisque les hommes sont des « salauds » qui la trahissent – seul son père l’aurait aimée. La propreté, comme étendard d’une vérité nue.