Tg Stan n’en est pas à son premier essai avec Ingmar Bergman. La compagnie revient aux Tanneurs et au KVS pour un focus en quatre spectacles. Retour sur Scènes de la vie conjugale, d’après Ingmar Bergman, proposé par les Tanneurs au début de la rétrospective.

C’est un affreux malheur de n’être pas aimé quand on aime; mais c’en est un bien plus grand d’être aimé avec passion quand on n’aime plus.
— Benjamin Constant

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© Dylan Piaser

Un homme. Une femme. Leur union. Dans une intimité immuable, leur histoire d’amour prend naissance. Ces êtres sensibles, qui s’attirent et se déchirent, s’éloignent et se retrouvent, font l’épreuve permanente de la difficulté de former avec autrui « un même » tout en gardant leur singularité. Au fil des années imprégnées d’un bonheur que l’on pense immortel, vient la lente dissolution de ce couple, se convainquant en dernier recours que tout va bien. Johan et Marianne, mariés depuis treize ans, vivent heureux avec leurs deux filles, jusqu’au jour où Johan s’éprend d’une jeune femme, Paula. Cliché de la crise de la quarantaine, c’est pour une petite jeune que son sexe s’est (re)dressé : il veut baiser. La séparation est inévitable, Johan se barre, le déchirement et la violence remplacent l’illusion d’un couple parfait uni pour la vie. Ils nous renvoient à nos propres échecs sentimentaux, à nos regrets, à nos désirs.

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© Dylan Piaser

Au-delà de « penser » le couple, Bergman propose un regard sur l’essence de l’Homme. C’est un tableau extrêmement précis, un portrait complexe de ce qui nous constitue. Quels sont nos désirs et nos obligations au sein d’une union codée moralement et socialement ? Scènes de la vie conjugale pose la question des protections successives dans lesquelles les individus se glissent, la façon dont on peut se mentir à soi-même dans le but de se conformer au modèle social sans en questionner la pertinence.

Le couple est le mode le plus commun pour expérimenter et éprouver l’amour dont l’objectif demeure d’assurer à tout prix sa pérennité. Pourtant les deux singularités n’imaginent pas qu’ils sont le plus grand danger pesant sur leur union. Difficile dès lors de s’accorder : bien que l’amour fonde l’union, les tensions sont inévitables.

Conçue comme une autopsie psychologique du couple, cette pièce est une observation magistrale des mouvements de l’amour et du temps qui passe. Le souvenir du film de Bergman laisse place à un objet singulier, qui prend des libertés avec l’œuvre originale. Frank Vercruyssen a conservé le déroulement en six tableaux qui reflètent les étapes de la désintégration du couple. Il nous convie dans le salon et la chambre de Marianne et Johan. Nous sommes voyeur et ami du couple.

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© Dylan Piaser

La mise en scène est très formelle, comme si l’on assistait à une répétition. Elle respecte la philosophie de Tg Stan : marquer la frontière qui sépare le jeu de la réalité. Lorsqu’ils en viennent aux mains, ils se pressent de mettre du rouge sur leur visage ; lorsque Marianne et Johan dînent, ils préparent la table de manière à donner l’illusion d’une table laissée par un couple après le dîner. Les comédiens annoncent oralement le début et la fin des scènes, les changements de costumes et de décors se font à vue. Saisissant de légèreté et de délicatesse, la mise en scène révèle donc des instants fragiles, provoquant chez le spectateur une expérience sensible et esthétique devant ce théâtre émergeant, en train de se faire.

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Scènes de la vie conjugale Adapté d'Ingmar Bergman De et avec Ruth Vega Fernandez et Frank Vercruyssen Avec la collaboration de Alma Palacios et Georgia Scalliet et aussi de Robby Cleiren, Bob Cornet, Jan Deca, Jolente De Keersmaeker, Mariet Eyckmans, Karin Vaerenberg, Renild Van Bavel, Jan Vancaillie et Thomas Walgrave