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Vive les idiots !

Des boucles électroniques générées par Hendrik Willekens aux commandes des consoles de mixage, sur lesquelles Alma Söderberg chante une histoire dans un idiome qui lui est propre : le concert-performance de ces deux idiots a de quoi réjouir ceux que nous sommes ou que nous devrions peut-être être un peu plus souvent.

© Elise Vantilcke
© Elise Vantilcke

Ça fait du bruit, deux idioter en concert, et les bouchons pour les oreilles distribués à l’entrée de la salle n’ont rien de superflu. Mais l’ambiance reste profondément intimiste et le volume monte très progressivement. Boucle après boucle, le son gagne en intensité et en matière. C’est de l’électro comme j’aime, répétitif, répétitif, répétitif, presque propice à la méditation et qui m’a toujours fait penser aux derviches tourneurs et autres états extatiques. La litanie de sons sans sens que psalmodie Alma Söderberg ajoute à ce côté mystique, comme une performance glossolalique. On ne comprend rien à ce qu’elle raconte — en bonne idiote elle parle un idiome connu d’elle seule (et peut-être aussi d’Hendrik Willekens, puisqu’ils sont deux, ces idioter) — mais aucun doute qu’elle raconte une histoire, toujours en partie réimprovisée à partir du « point de fuite vide » qu’elle tente d’atteindre. Quand elle ne devient pas elle-même boîte à rythme…

Venant de la part d’Alma Söderberg, on s’attendrait à une mise en scène davantage chorégraphiée. Mais non. Seuls quelques mouvements rappelant un numéro de claquettes digne de Fred Astaire ponctuent la performance, principalement axée sur le son et le rythme. Une table de mixage au centre de la pièce, des câbles rouges disposés en étoile la reliant aux baffles situés dans chacun des coins, l’installation est prévue pour que la musique nous enveloppe parfaitement.

© Elise Vantilcke
© Elise Vantilcke

Pour clore la performance, Hendrik Willekens s’agenouille devant une feuille de papier, sur laquelle il trace des dessins en perspective, autre façon selon les artistes « d’embrasser le lieu du mystère qu’on ne peut ni voir ni comprendre ». Un micro amplifie le bruit du marqueur qui gratte le papier, dans le silence progressivement retrouvé.

Place aux idiots, donc. Dostoïevski et Deleuze savaient déjà qu’ils n’étaient pas les plus imbéciles, loin de là !

Nous vous proposons un regard croisé en néerlandais sur ce spectacle avec les étudiants de la faculté des lettres de la KU Leuven campus Brussel (HUBrussel). Pour découvrir leur point de vue :
www.cobra.be/cm/cobra/podium/podium-recensie/1.1958486

En savoir plus...

Idioter
performance d’Alma Söderberg et Hendrik Willekens
60’
Les 8 et 11 mai à 20 h 30
Les 9 et 10 mai à 22 heures
Beursschouwburg
20-28 rue Auguste Orts
1000 Bruxelles
€ 16 / € 12