Ce week-end à Bruxelles, deux salons mettront le dessin à l’honneur. Mais pas de choix cornélien en vue, Cultures Maison et Art on Paper sont suffisamment distincts pour ne pas se marcher sur les pieds. Et ça, vu la qualité des programmes chez l’un comme chez l’autre, c’est la bonne nouvelle de cette fin de semaine.

Jean Guichon
Jean Guichon

Cultures Maison le Saint-Gillois

Les lecteurs assidus de Karoo en ont déjà entendu parlé (ici) : Cultures Maison, le festival de bandes dessinées indépendantes, revient à la Maison des cultures de Saint-Gilles. Cette année encore, plus de cinquante éditeurs de bédés indépendants répondront présents. À côté du salon, toujours à la Maison du livre, se tiendront trois expositions.

La première s’appelle « Bal de promo ». La production du festival a demandé à dix éditeurs de présenter un album publié depuis la dernière édition de Cultures Maison, histoire de proposer un large aperçu du paysage alternatif belge.

L’exposition de Gwénola Carrère nous plongera, elle, dans un univers librement inspiré d’une nouvelle de science-fiction de H. P. Lovecraft, mêlant nature mutante et civilisation hyper-adaptée, sur les rives d’une mer noire ésotérique aux pouvoirs cosmiques.

Laurent Dandoy
Laurent Dandoy

Quant à Laurent Dandoy, son exposition est conçue comme un hommage aux environnements urbains délaissés, aux fêlures de plâtre et aux espaces oubliés.

Un salon, trois expositions, mais ce n’est pas tout. En collaboration avec la SMart, Cultures Maison proposera une séance d’information sur le statut d’auteur au cours de laquelle les modèles français et belges seront comparés.

Il faut aussi épingler un concert du quatuor masqué Why the Eye, une série de conférences présentées par ACME (groupe de recherche pluridisciplinaire consacré à la bande dessinée) autour des notions d’abstraction et de représentation, du dessin pensé comme un ensemble de lignes et des émotions esthétiques que véhicule le trait en bande dessinée ; et enfin une projection du long métrage d’animation Zorobabel, qui s’inspire du mickeymousing, une technique d’écriture née après le premier dessin animé associant musique et cinéma d’animation : la Danse macabre, de Walt Disney.

Bref, avec son programme riche, alternatif et underground, Cultures Maison est à l’image de Saint-Gilles : un peu punk, un peu grunge, un peu (bo)bohème aussi, et même parfois un peu poétique. Mais surtout, il y a de tout : « Des productions en français, en néerlandais, pour les enfants, les adultes, voir même les très adultes, de la narration, et puis des choses plus abstraites et surtout du local. La bédé alternative n’est pas de la bande dessinée grand public pour plaire à tout le monde, mais nous avons fait en sorte que tout le monde puisse y trouver son compte. C’est très artisanal comme démarche », explique Dennis Marien, coordinateur du festival.

Cerise sur le gâteau : tout est gratuit. Alors pourquoi se priver ?

Tamia Baudouin
Tamia Baudouin

Art on Paper à Bozar

L’autre bonne nouvelle, c’est que, même sans se priver, il y aura encore de quoi faire avec le dessin ce week-end ! Dans un genre différent, une autre manifestation se consacre au dessin : Art on Paper.

art-on-paperPour sa dixième édition, ce salon change de philosophie. Art on Paper quitte le White Hotel pour prendre ses quartier à Bozar. Un changement qui fait toute la différence : « Au White Hotel qui nous accueillait précédemment, nous attirions les professionnels et les collectionneurs. À Bozar, nous touchons un public beaucoup plus large. Le dessin, c’est le médium le plus accessible pour un public a priori étranger à l’art contemporain. On voulait montrer que la question du dessin débouchait sur d’autres pratiques contemporaines et dans lesquelles on peut observer un attachement au dessin », explique Pauline Hatzigeorgiou, la nouvelle directrice artistique de l’événement.

La volonté de la nouvelle équipe étant résolument de surprendre et de donner une autre dimension au dessin : « Le dessin, c’est le geste originel, primitif, spontané et authentique. Il est à même de séduire les artistes et les spectateurs. À Art on Paper, on pourra voir des œuvres graphiques qui se déploient dans l’espace, des œuvres narratives ou chromatiques. On peut même considérer que certaines œuvres vidéo sont graphiques. » Et là, on se méfie de l’expo fourre-tout, mais Pauline Hatzigeorgiou s’en défend : « Nous avons voulu une programmation ouverte en effet, mais nous n’avons pas fait du dessin un prétexte. Nous n’avons jamais cessé de le considérer comme un fondement. C’est un acte de naissance dont la trace est toujours visible dans l’œuvre finale. »

Joao Freitas, Sans titre (1991-2014), feutre sur papier, 107,8 x 97,8 cm.
Joao Freitas, Sans titre (1991-2014), feutre sur papier,
107,8 x 97,8 cm.

La formule s’articule donc autour de vingt-cinq shows solos d’artistes triés sur le volet (dont Michaël Matthys, publié aux éditions du Fremok, qui seront présentes au festival Culture Maison), sans compter le lauréat du prix Jeune Talent 2015, remis conjointement par Art on Paper et Bozar : Joao Freitas, tout jeune diplômé de l’atelier de dessin de La Cambre, et dont ce sera l’une des premières occasions de découvrir le travail. « Nous avons voulu repenser le modèle de la foire d’art contemporain où les galeries exposent chacune vingt-cinq artistes et où il est finalement difficile de s’y retrouver. Ici, en collaboration avec les galeries, les artistes prennent complètement possession de l’espace qui leur est dédié. C’est beaucoup plus clair », décrit Pauline Hatzigeorgiou.

Plutôt complémentaires que concurrents, Culture Maison et Art on Paper dessinent pour nous les contours d’un week-end bien chargé !

En savoir plus...

Cultures Maison Vendredi 11 septembre de 18 à 22 heures Samedi et dimanche 12 et 13 septembre de 13 à 22 heures Maison des cultures de Saint-Gilles 120 rue de Belgrade 1060 Saint-Gilles culturesmaison.be Art on Paper Du 11 au 13 septembre de 11 à 19 heures Bozar 23 rue Ravenstein 1000 Bruxelles www.artonpaper.be