Vous avez découvert le travail de Cederik Leeuwe toute la semaine dans la galerie, à travers sa série photographique Fragmentations. Ce vendredi, la rubrique Vrak lui donne la parole. Marqué par la richesse de la multiculturalité pendant son enfance, Cederik Leeuwe s’efforce désormais de s’affranchir des fantasmes et des mythes (souvent aussi attractifs que restrictifs) des pays qu’il traverse, appareil au poing.

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Découvrez la série Fragmentations de Cederik Leeuwe dans la galerie Karoo.

Cederik Leeuwe, à dix ans, vous aviez déjà découvert Singapour, la Malaisie et l’Indonésie. Les voyages, ça forme la jeunesse ?
J’ai vécu à Singapour, puis en Malaisie et j’ai découvert l’Indonésie. Singapour est très multiculturel : il y a des bouddhistes, des musulmans, des Chinois, des Indos… Avec aussi un côté asiatique, très dépaysant pour le jeune garçon de dix ans que j’étais. Ça a été une chance pour moi d’étendre mes horizons. C’est une grande expérience, ça marque forcément.

Ce sont ces expériences multiculturelles qui vous ont données envie de faire de la photo ?
Sans doute. Mais j’ai découvert la photo un peu par hasard. Ma mère a toujours pris (et prend toujours) beaucoup de photos. De simples photos de famille mais avec un cachet très personnel. J’ai commencé en pur amateur, pas vraiment intéressé par la technique photographique elle-même, par la possibilité de figer le temps. J’ai toujours été entouré de photos et d’appareils photo. Un jour j’en ai saisi un, et ça m’a plu, tout simplement. Notamment de réfléchir à ce que je pouvais faire quand j’utilisais un appareil.

Cederik-Leeuwe_Frag02Des débuts en autodidacte, donc, mais pas seulement…
Entre 2006 et 2009, j’ai suivi, en cours du soir à l’I.L.Fo.P.1, une formation de technicien en photographie. La journée, je travaillais pour l’office du tourisme de Namur. La photo s’est vite ajoutée à mes missions dans le cadre ce boulot. Ensuite, avec l’argent que j’avais pu mettre de côté, j’ai voyagé : quatre voyages au Japon, et deux en Islande. D’abord pour découvrir le Japon, puis, très vite, uniquement pour faire de la photo.

Vos premières séries sont surréalistes. Pourquoi cette direction ?
J’ai voulu explorer ma créativité, prendre de la liberté avec la technique pure et dure, aller au-delà des normes. C’est comme ça que j’ai découvert l’importance de la narration en photo. Et j’ai voulu développer cette dimension, quitte à lever le pied sur la création au sens strict. Mais cette période surréaliste, c’était un besoin, un moyen de me vider de certaines choses pendant deux ans. J’ai arrêté quand ce besoin s’est évanoui de lui-même. Il y avait simplement quelque chose d’un peu cathartique.
Désormais, j’essaie de me rapprocher du photojournalisme, de réfléchir, non plus à une seule image, mais à des séries avec plus de cohérence et de rigueur dans les séquences.

Un mot sur la série Fragmentations que vous présentez dans la galerie de Karoo ?
C’est une sélection des 120 photos qui composent le livre. Ce livre, c’est vraiment un premier jet, et j’en étais déjà conscient au moment de le faire. Il n’y a dans le livre que deux ou trois séries d’une dizaine de clichés qui soient vraiment construites.
Tout le début du livre, c’est encore une histoire de nettoyage personnel. Je voulais passer des images attendues du Japon par le public (les temples, l’exotisme, un certain mysticisme…) au Japon de la vie quotidienne. C’est pourquoi les premières images sont surtout des paysages. La suite du livre explore des scènes plus personnelles, plus humaines, et débarrassées des stéréotypes japonisants.
J’avais besoin, personnellement, de dépasser les clichés, les mythes que j’ai en moi pour pouvoir me diriger vers d’autres images. Comme ces mythes m’attiraient, j’avais peur de me répéter, de ne pas m’autoriser à découvrir un autre Japon. Il fallait nettoyer mon regard, en quelque sorte.

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Vous travaillez beaucoup en noir et blanc. Qu’est-ce que ce traitement apporte de plus que la couleur ?
C’est uniquement esthétique, et ça n’a rien à voir avec la démarche. J’ai toujours été attiré par le noir et blanc. Il est plus intemporel que la couleur qui, elle, peut passer. Ensuite, je ne suis jamais content de mes clichés couleurs : je constate toujours une altération des couleurs qui m’éloigne de ce que j’avais vu au moment de prendre la photo. C’est un sentiment très frustrant.
Quand je travaille de la couleur en photo, ce n’est pas par souci de reproduction, c’est pour la valeur signifiante qu’elle peut apporter. Dans ce sens-là, la qualité de la fidélité à la réalité importe moins que le sens que la couleur donne à la photo. Il faut que la couleur représente au mieux ce que j’ai ressenti. Quitte à ne pas être satisfait de la couleur en tant que reproduction de la réalité, j’ai pris le parti de l’utiliser pour traduire l’émotion ressentie au moment de la prise du cliché.

Découvrez la série Fragmentations de Cederik Leeuwe dans la galerie Karoo et retrouvez-le sur son site.


  1. Institut Libre de Formation Permanente, à Namur