Dependencies est la plus grande exposition consacrée jusqu’ici au travail d’Hana Miletic. On y découvre principalement des œuvres textiles, des monumentales et des minuscules, patiemment tissées à la main par l’artiste elle-même - parfois sur une durée longue de plusieurs mois.

Elles sont le fait de ses mains, les mains d’Hana, mais aussi de ses ancêtres yougoslaves : mère, grands-mères, arrière-grands-mères qui lui ont transmis ce précieux savoir. Elles sont encore le fait d’autres femmes, que la langue et l’origine prédisposent à la séparation mais que le lien du fil fédère. À travers ses œuvres, Hana Miletic nous renvoie à nos dépendances, à la dette insoupçonnée que nous entretenons envers toutes les femmes qui participent à un travail invisible de reproduction dans la société.

Ses tissages prennent ici principalement pour modèle des photographies prises à Zagreb et Bruxelles, des photographies de cassures, de rétroviseurs en ruine, de tôle froissée : des choses abimées par la ville, des choses à réparer. En choisissant le métier manuel, Hana Miletic nous suggère que le travail de réparation n’est jamais mieux accompli que par le soin offert dans la persévérance et le temps long. Avec Hana Miletic, le refus de la machine s’offre comme une éthique et politique du care qui milite avec une certitude douce et minutieuse.

Hana Miletić, Dependencies: Konzum supermarket, Zagreb (white cottolin, red, cottolin, cream cottolin, metal, royal blue cottolin and cobalt coloured viscose and silk), 2018
hand-woven textile, 420 x 1050 cm, courtesy of the artist. Installation view, Hana Miletić: Dependencies, WIELS, Brussels, 2018 © Kristien Daem.

Parfois cachées dans les recoins, certaines œuvres microscopiques - par rapport aux dimensions du Wiels - nous poussent à imiter le geste de l’artiste et à prêter une attention soucieuse à des valeurs ignorées. Parfois imposantes et transversales, d’autres œuvres comme celle du Konzum supermarket nous amusent et nous interrogent ; vive et rayée, bleue, rouge et blanche - en référence à une célèbre chaîne de supermarchés croate - la bâche de coton tissée par Miletic défie avec ironie et élégance la standardisation que nous inflige les grands magasins.

 

En dehors du fait qu’elle donne à voir des tissages, l’exposition elle-même se présente de manière textile - au sens étymologique du mot. Elle est un vaste composé de matières (feutre, viscose, métal, soie et cottolin), de médiums (sculpture, texte et art vidéo) et de cultures (de Zagreb à Bruxelles et dans Bruxelles, un pluriel de femmes rassemblées autour d’ateliers communautaires).

C’est joli, tellement joli que cela doit être vu - ça donne envie de regarder ce que les gens réparent lentement.

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