La galerie de Karoo propose cette semaine les photographes ayant participé au projet Altérations, dans le cadre d'un atelier organisé à Mons par la Maison Folie. Rencontre avec l'animatrice de cet atelier, Alessia Contu.

On a pu voir récemment vos photos pour le spectacle La Ville au Rideau de Bruxelles. La photographie de théâtre est-elle votre activité principale ?
Oui, probablement. Mais à côté de ça, je donne cours de photo, j’anime des ateliers, je réponds à des commandes photographiques variées, provenant la plupart du milieu du théâtre, je poursuis ma recherche photographique personnelle, j’expose de temps à autre et je suis maman.

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Comment êtes-vous arrivée à la photographie comme mode d’expression artistique ?
Ma façon d’envisager la photographie a pas mal évolué depuis le début et je dois dire que j’essaie de me servir de toutes les possibilités qu’elle m’offre. Au début, je faisais plus attention à ce qui passait de moi au travers de l’image. Je voyais la photo comme un outil d’exploration de soi et, effectivement, j’avais besoin d’exprimer beaucoup de choses qui arrivaient à voir le jour seulement en court-circuitant le cerveau à travers l’œil. Aujourd’hui je me sens plus ouverte à l’autre et à la réalité extérieure et j’ai un regard plus investigateur, à la manière d’un anthropologue qui cherche, avec l’œil, la confirmation de ses hypothèses sur le monde et est disponible pour la surprise. Mais, au fond, c’est la même chose. Concrètement, à mon arrivée en Belgique en 2000, j’ai découvert qu’il y a avait une bonne école de photo [Saint Luc à Liège] qui me permettait de poursuivre les études universitaires en sciences politiques que j’avais commencées en Italie, parce que elle était en horaire décalé.

Vous organisez également des ateliers photo. Comment conciliez-vous votre travail artistique et votre travail pédagogique ?
Le timing est un peu compliqué. Donner cours m’a obligée à étudier l’histoire de la photographie, l’histoire de l’art, et surtout à développer la capacité à lire les images et à mettre en mots les ressentis. Partager tout ça avec les autres peut être très enrichissant. Voir des personnes se découvrir un peu plus à travers la pratique photographique est réjouissant pour moi. Réussir à sortir quelques-uns d’une pratique photographique qui voudrait des images lisses et fausses pour redonner à l’image un peu de « vraisemblance » est pour moi presque une question de vie ou de mort.

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Pouvez-vous nous parler de l’atelier que vous organisez à Mons depuis plusieurs années ? Qui l’a conçu ? Sur quelles bases ? Pour quel public ?
L’atelier photo vise à faciliter l’émergence d’une pratique photographique personnelle ou son développement chez les participants. Il s’adresse à des personnes qui ont déjà une pratique de la photo et/ou ont une grande envie de s’engager dans un processus de recherche personnelle durant presque un an. On se réunit deux fois par mois et on échange sur les photos imprimées et étalées sur une table. On fait attention à ce qui passe à travers les photos, à l’attitude et la posture de chacun dans l’acte photographique plus qu’à la technique stricte. Le thème n’est pas fixé à l’avance mais il se dégage au fur et à mesure comme un fil rouge autour duquel poursuivre le questionnement. J’anime cet atelier depuis 2008, sur l’initiative de la directrice de la Maison Folie de Mons, Anne André, qui accompagne le projet et m’a demandé de le concevoir.

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Est-ce que cet atelier se conclut toujours par une exposition ?
Oui.

On peut voir dans Karoo cette semaine une photo de chaque photographe qui a participé au projet Altérations présenté à Mons le 12 juin dernier. Pouvez-vous nous expliquer le défi que vous leur avez demandé de relever ?
Pour s’intégrer dans le projet Mons 2015 tout en gardant les objectifs de l’atelier, on a décidé cette année de décliner la recherche de chacun à l’intérieur d’un cadre commun : porter un regard sur la réalité de Mons et de ses environs. On n’a pas choisi de photographier ce qu’il y a de plus beau à Mons mais plutôt ce qui piquait la curiosité de chaque photographe.
En interrogeant les paysages, les lieux, les pratiques sociales, les histoires passées, présentes et futures, leur travail a mené spontanément à un questionnement sur notre société et son avenir.