Artiste belge ayant grandi à Bruxelles, NEAN était invité cette semaine à exposer dans la galerie de Karoo. C'est dans les rues de la capitale que l'art du jeune grapheur s'est d'abord déployé. Au contact du collectif Propaganza, le béton et la brique cessent d'être ses supports et NEAN se tourne vers la toile. Pour autant, la bombe à la main, le Bruxellois ne renie ni son passé ni les enjeux du street art.

Retrouvez NEAN dans la galerie Karoo.

NEAN, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Je suis passé par la case études supérieures où je n'ai pas trouvé la place qui me convenait. J'avais l'impression que je n'y trouverais pas le moyen de m'épanouir. J'avais sans doute un peu trop idéalisé les études. Après plusieurs tentatives, j'ai quitté l'enseignement supérieur pour me tourner vers le travail en entreprise. Avec la même désillusion. À ce moment-là,

"Lola"
"Lola"

j'ai eu la conviction de devoir me tourner vers quelque chose qui me passionnait. Je préférais l'idée de vivre peut-être plus modestement mais heureux, plutôt que de subir une situation dans laquelle je ne pourrais pas me retrouver.
Du coup, je me suis tourné vers ma passion première : la création artistique. J'ai été amené, dans cette période d'errance et de recherche, à fréquenter le milieu secret et parfois obscur du graffiti. Pour financer cette activité plus ou moins légale, j'ai travaillé pour des particuliers, fait de la décoration de devantures de magasins… Bien vite, je me suis rendu compte qu'on pouvait en vivre et qu'il y avait une réelle demande : le graffiti et le street art ont changé d'image depuis quelques années. Il y a eu un déclic : je pratique une activité qui me passionne, qui tire le meilleur de moi-même et qui me fait évoluer positivement quotidiennement. J'ai rencontré alors une asbl, un collectif d'artiste : Propaganza. J'ai pu me concentrer sur mes propres créations, et moins sur les commandes.

SERI_ADans votre travail actuel avec Propaganza, que vous reste-t-il de votre passage par le street art ?
Plus grand-chose, en fait. J'emploie toujours systématiquement la bombe aérosol, comme pour le street art, mais cela s'arrête là, c'est le dernier lien. Les sujets que je représente se sont éloignés des codes du graffiti. J'emploie aussi de plus en plus la palette graphique. L'ordinateur est un médium qui permet beaucoup de liberté. C'est beaucoup moins crispant que sur un mur ou sur une toile.

Dans la galerie Karoo, on observe quand même votre travail exposé dans la rue. La filiation avec le street art n'est donc pas tout à fait rompue.
C'est très juste. J'aime l'idée de proposer quelque chose de gratuit dans l'espace public et urbain. Normalement, la rue est surtout vue par les grapheurs comme une vitrine, un moyen de se montrer, de s'afficher. Moi je suis plutôt de ceux qui pensent qu'il y a moyen d'embellir l'espace public gratuitement et de s'adresser à un public qui n'est pas forcément initié, qui n'a pas l'habitude de courir les musées et les galeries, des lieux qui peuvent être intimidants. C'est une façon pour tout le monde de se réapproprier la ville et l'espace public.
Tout jeune, ces grandes fresque urbaines m'avaient tapé dans l'œil alors que je n'avais aucune idée de ce qu'était le graffiti, ni même ce qu'étaient le propos ou les enjeux de cet art.

Autodidacte, revendiquez-vous des influences ?
Bien sûr, mais elles ne se limitent pas street art, même si dans cette discipline j'aime les travaux de Robert Proch et de Jaw, des Da Mental Vaporz, ou encore les créations de l'Espagnol Aryz. Mais je puise mon inspiration aussi, tant au niveau de la technique que des sujets, dans la peinture traditionnelle. Je suis admiratif d'artistes comme Gustave Klimt, Egon Schiele, Toulouse-Lautrec, et pour continuer avec les affichiste, Alphonse Mucha.

Vous parliez de la nouvelle image du street art. Ce statut actuel, il le doit beaucoup à la grande médiatisation de grapheurs comme Banksy. Ce rapport à la notoriété n'est-il pas particulièrement paradoxal pour cette discipline ?
J'apprécie le propos de Banksy : les sujets qu'il traite et soulève. À mon sens, c'est souvent pertinent et je le rejoints sur beaucoup de choses. Sa médiatisation est légitime, mais elle induit naturellement un paradoxe, c'est vrai. C'est peut-être dérangeant que ses œuvres s'arrachent à de tels prix par rapport aux dérives de l'industrie qu'il dénonce. Mais ce n'est pas une personnalité qui m'influence vraiment. Son discours est plus politisé que le mien. Je lui trouve moins une volonté esthétique que militante.

Retrouvez NEAN dans la galerie Karoo.