Le Centre international pour la ville, l’architecture et le paysage (CIVA), expose, à Flagey, neuf projets architecturaux brésiliens imaginés par autant de bureaux différents. Leur particularité : la jeunesse. L’occasion d’aborder différemment un pays dont on a déjà beaucoup parlé, et dont on parlera encore.

Le Brésil, ces dernières années, était sur toutes les lèvres. Culturelles d’abord, avec Europalia Brazil (en 2012) ; religieuses ensuite, avec les Journées mondiales de la jeunesse (en 2013) ; et enfin, en point d’orgue, sportives, avec la Coupe du monde de football, cet été (personne ne l’a oublié). Le Brésil est un pays au fort taux de développement, une potentielle superpuissance, membre du club très fermé des BRICS ; alors, c’est comme ça, il est devenu incontournable. Mais qu’en dire encore après cette indigestion médiatique ?

La relève des monstres sacrés

Eh bien, heureusement pour nous, le Brésil est vaste. Alors, en cherchant bien, on trouve toujours quelque chose à raconter. C’est précisément ce qu’a fait le CIVA, avec son partenaire allemand du Deutsches Architekturmuseum de Francfort.

« En 2013, le Brésil était l’invité d’honneur de la Foire internationale du livre de Francfort. À cette occasion, le Deutsches Architekturmuseum avait monté une exposition autour de neuf projets de jeunes bureaux d’architecture brésiliens. C’est cette exposition que nous présentons aujourd’hui », explique Christophe Pourtois, directeur du CIVA.

Au Brésil, en architecture, il y a deux monstres sacrés, deux Prix Pritzker1: Oscar Niemeyer, l’architecte de Brasilia, et Paulo Mendes da Rocha, célèbre architecte moderniste. À côté de ces deux maîtres, on ne connaît personne. D’ailleurs, Europalia Brazil, en 2012, n’avait consacré qu’une exposition à l’architecture, et elle était dédiée à Mendes da Rocha.

Bref, sur ceux-là, on a tout dit, tout écrit.

Au contraire, l’exposition du CIVA invite à découvrir les réalisations de jeunes architectes2. C’est là tout son intérêt.

« Les bureaux d’architecture présentés ici sont jeunes et libérés de l’aura des grandes figures tutélaires que sont Mendes da Rocha et Niemeyer, dont l’héritage doit être parfois un peu pesant », précise notre guide du jour, Christophe Pourtois.

Libérés, mais pas amnésiques. On retrouve, au fil de l’exposition, de nombreuses références aux deux grands maîtres (avec un léger avantage à Mendes da Rocha).

On l’a dit, le Brésil est un pays qui explose économiquement. Cette nouvelle génération d’architectes est consciente de l’opportunité qui lui est offerte de construire et de façonner le pays, à grande échelle et de manière significative, pour la première fois depuis Niemeyer.

Un regard panoramique … ou presque

L’autre intérêt de l’exposition Nove Novos, c’est de pouvoir observer cette opportunité à travers des projets extrêmement différents : immeubles d’habitations privées, bâtiments administratifs, sites sportifs, bâtiments commerciaux et même musées, sans parler du parc botanique et centre d’art contemporain Inhotim.

Il faut voir le pavillon Humanidade 2012, gigantesque structure éphémère conçue par le cabinet Carla Juaçaba, dont l’exosquelette soutient en son sein des caissons servant à accueillir un certain nombre d’événements parallèles à la conférence internationale de l’ONU Rio+20.

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Les considérations écologiques sont aussi vécues de manière différente, notamment dans la volonté d’intégrer, ou non, les constructions dans leur environnement. Cela va de la quasi invisible Veranda Huis (du même cabinet Carla Juaçaba), dont la très fine structure en profilé d’acier altérés s’élève au milieu d’un bois peuplé d’arbres centenaires, jusqu’au bunker de béton, mais à la forme organique, du cabinet Rizoma, qui accueille, au cœur du parc Inhotim, une installation de Lygia Pape (des fils d’or organisés du sol au plafond en éléments tendus disposés suivant divers angles et installés dans une pièce faiblement éclairée).

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Outre la variété des genres, on observe une diversité des tailles. Nove Novos présente aussi bien le tout petit module d’habitation en préfabriqué Minimod, du Studio Paralelo, très minimaliste, que le gigantesque et horizontal complexe sportif du Centre national de sports de tir, conçu par le cabinet BCMF Arquitetos pour les Jeux panaméricains de 2007.

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Il est tout à fait enthousiasmant de voir le Brésil confier à sa jeune garde des projets ambitieux et d’envergure.

Pourtant, une interrogation demeure : aucun des projets présentés n’aborde vraiment de questions sociales. Si le Brésil voit émerger une nouvelle classe moyenne qui accompagne son développement économique, il reste l’un des pays aux inégalités sociales les plus marquées. Aucun projet, dans toute l’exposition, sur les favelas, ces tristement célèbres bidonvilles qui ceinturent les grands pôles économiques de cette future superpuissance, par exemple.

Le regard que porte l’exposition Nove Novos sur le Brésil est donc très idyllique, et peut-être un peu tronqué.

Mais on n’a pas fini de parler du Brésil ! Le pays accueillera aussi les Jeux Olympique d’été en 2016. Ce sera l’occasion de se pencher une nouvelle fois sur la question.

En savoir plus...

Nove Novos Emerging Architects from Brazil Du 22 octobre au 21 décembre 2014 CIVA hors les murs – Espace architecture ULB 19 place Flagey 1050 Ixelles

  1. Le prix Pritzker récompense chaque année un architecte vivant dont le travail a eu un apport significatif dans son domaine. C’est une sorte de prix Nobel d’architecture. 

  2. Les plus jeunes architectes ont moins de trente ans, et presque tous en ont moins de quarante.