Cette semaine, c’est le groupe liégeois Roscoe qui occupe la galerie Karoo. En 2012, leur premier album Craks s’était signalé aux meilleures oreilles. En avril 2015, ils reviendront avec un deuxième album, Mont Royal. Pierre Dumoulin, le chanteur, nous explique pourquoi, trois ans après, ils ont voulu changer de méthode.

roscoeDécouvrez Roscoe dans la galerie Karoo

Le premier album de Roscoe, Cracks, s’était fait remarquer en 2012. Mêmes objectifs pour votre second album, Mont Royal, qui sort en avril ?
On espère toujours ! Mais le processus créatif, c’est particulier. On ne sait jamais si ce qu’on crée sera reçu par les gens de la même manière. En tout cas, on a enregistré Mont Royal exactement comme on avait envie de le faire. Du coup, quoi qu’il arrive, on est très content du résultat. Et oui, on espère le même succès pour le second album que pour le premier.

Entre l’un et l’autre, il s’est écoulé trois ans. Qu’est-ce qui a changé ?
Ce qu’on voulait pour Mont Royal, c’est adopter une manière de composer et de travailler complètement différente. Cracks, on l’avait mis au point en trois ans, pratiquement entièrement nous-mêmes, en vase clos. On a voulu changer de méthode pour Mont Royal, notamment pour travailler plus vite. Il y a un an, jour pour jour, on n’avait rien ou pratiquement rien de Mont Royal et aujourd’hui on est prêt à sortir l’album.

Pourquoi vouloir aller si vite ?
On s’est rendu compte qu’on n’arrive pas à composer quand on est en tournée. Certains y arrivent, nous pas. Du coup, après la tournée de Cracks, on s’est retrouvé en janvier 2014 avec rien de neuf à proposer depuis 2012. Il fallait qu’on aille vite pour ne pas retomber dans l’oubli. Si l’on avait mis autant de temps que pour Cracks, Mont Royal serait sorti en 2018 !

Et pour aller plus vite, on s’y prend comment ?
On s’y est tous mis à fond, chacun chez soi. Tout le monde a apporté plein d’idées dès le premier mois. Je pense qu’on avait tous accumulé plein de choses en trois ans, et tout est ressorti d’un coup ! Et puis notre expérience commune, ce qu’on a vécu sur scène, tout ça nous a appris à travailler plus vite. Grâce au travail de préparation de Cracks, on a pu tout de suite séparer les bonnes idées des moins bonnes, et se concentrer sur les premières.

© Kmeron
© Kmeron

Musicalement, cela se traduit comment ?
D’après les réactions des professionnels qui ont déjà écouté l’album, Mont Royal est plus lumineux, plus facilement écoutable. Dès la première écoute, on a déjà une bonne impression. Les morceaux sont plus précis, plus directs. Par contre, on est toujours attachés aux détails. Écoute après écoute, je pense qu’on peut découvrir de nouvelles choses. Il est aussi léché que Cracks, mais plus accessible.

Léché, c’est aussi ce qu’on pourrait dire de vos clips, très cinématographiques.
Je pense qu’on fait une musique elle-même très cinématographique. On a réalisé nous-mêmes le clip de Nights, le premier morceau de Mont Royal, un peu à l’arrache. On voulait un truc un peu lo-fi1, avec du grain, un truc noir, qui représente une nuit un peu banale. On voulait reproduire le sentiment que la nuit, tout est possible — ce qui est moins le cas au grand jour. Pour les autres clips, on bossera à nouveau avec d’autres et on a envie de choses visuellement très fortes.

10997010_10153235170586019_2903327240555495609_n_mont-royalVous parlez d’un album plus lumineux, mais le premier morceau que vous sortez s’intitule Nights, dont le clip est en noir et blanc. Paradoxal ?
Nights est le morceau le plus sombre de l’album. C’est celui qui ressortait le plus et qui, malgré sa noirceur, est le plus représentatif de l’album. Sortir celui-là en premier, c’était aussi une façon de montrer qu’on était de retour, mais avec quelque chose de complètement différent. Nights marque une rupture avec l’album précédent.

Une rupture après le succès du premier album, n’est-ce pas prendre un risque de se couper de son public ?
C’est toujours très facile de comparer deux choses qui se ressemblent. Et l’on n’avait pas envie qu’on puisse comparer Cracks et Mont Royal. Du coup, la solution était de faire quelque chose de très différent. On prend les auditeurs à contre-pied.

De toute façon, même si les albums sont très différents, l’identité de Roscoe reste malgré tout. La façon de composer n’a pas été révolutionnée. À partir du moment où le groupe sait où il va, l’identité transpirera toujours d’une façon ou d’une autre. Je pense que les gens qui ont aimé Cracks se retrouveront dans Mont Royal. Ça ne m’inquiète pas. Ils prendront même plus de plaisir parce qu’il y a quelque chose de plus évident dans Mont Royal.


  1. Forme abrégée de l’anglais low fidelity (basse fidélité). Désigne une façon d’enregistrer qui imite volontairement un son dégradé, de mauvaise qualité. En opposition à la hi-fi, forme abrégée de high fidelity (haute fidélité) dont les sons sont jugé aseptisés.