Cette semaine, la galerie Karoo était musicale. Pas question pour autant de rompre avec la bonne habitude de donner la parole aux artistes présentés pendant la semaine. Rencontre, donc, avec Jennifer El Gammal, saxo soprano du trio jazz tendance musique de l’Est : Uživati.

Comment est né Uživati ?
On était tous les trois au Conservatoire flamand de Bruxelles, section jazz. On s’est rencontrés là. J’ai toujours adoré la musique traditionnelle et folk, la musique de l’Est. Mike (Delaere – contrebasse) et David (Thomaere – piano) sont plus branchés jazz. J’ai eu envie de mélanger les deux influences. J’ai ramené une pile de partitions de chez moi, on a chipoté, commencé à jouer ensemble, et très vite, le trio a fonctionné.

Et depuis ?
Uzivati-BrumeCela fait trois ans et demi que ça dure. Dans ce laps de temps, on a sorti, en mai dernier, un album : Brume, du nom de mon chat, omniprésent pendant les répétitions du groupe. Et omniprésent aussi dans les illustrations de l’album qu’a dessinées pour nous Pieter Fannes. Il avait fait une affiche de jazz pour un festival où l’on jouait, au théâtre Marni. On a trouvé l’affiche tellement jolie qu’on lui a demandé s’il ne voulait pas faire la couverture de l’album.

Vous jouez du saxophone soprano. C’est un choix un peu original ?
Le saxophone soprano, c’est l’un des saxophones les plus aigus. Et c’est le seul saxo qui n’ait pas le look conventionnel des saxophones. C’est un son particulier, moins étiqueté jazz, et donc pour moi, ça se marie mieux avec ce qu’on appelle la musique du monde. Et puis, comme il est rare qu’un musicien en fasse son instrument principal, il a un petit côté exclusif ! Par contre, avec la contrebasse de Mike et le piano de David, on forme un trio assez classique dans sa composition.

C’est vous qui avez apporté à Uživati son accent de l’Est. Pourquoi ?
J’ai joué dans beaucoup de fanfares et j’aime beaucoup la musique traditionnelle, notamment la scène folk belge. Je suis tombé dedans un peu par hasard : on m’a offert, il y a treize ans, un CD de musique folk traditionnelle. J’ai eu un coup de cœur ! Ensuite j’ai joué avec un accordéoniste albanais qui m’a donné plein de partitions en vrac. Notre association n’a pas tenu, mais j’ai gardé les partitions. Lorsqu’on a voulu créer un groupe avec Mike et David, j’ai apporté un patchwork de musiques que j’aimais, et on a choisi ensemble ce qui nous parlait à tous les trois.

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Et la suite ?
On aimerait fignoler notre nouveau répertoire et enregistrer un nouvel album qui sortirait en septembre 2016, toujours dans ce mélange jazz-musique de l’Est.

Décidément, cette influence de l’Est est vraiment l’ADN du groupe, jusque dans son nom !
De manière plus triviale, et en bons Belges, on n’arrivait pas à se mettre d’accord sur un nom. Je suis francophone, mais David et Mike sont flamands. Du coup, on ne voulait ni un nom français ni un nom flamand. On ne voulait pas non plus de l’anglais, ç’aurait été un peu ridicule. On cherchait dans d’autre langues, donc. Alors, pour rester fidèle à nos influences musicales, j’ai ouvert un dictionnaire croate. Le mot « profite », « Uživati » sonnait vraiment bien à nos oreilles.