Arco de Ugo Bienvenu
Bienvenue dans le futur

Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2025 et récompensé par le Cristal du long métrage au Festival d’Annecy, Arco marque l’entrée remarquée d’Ugo Bienvenu dans le long métrage d’animation. Film de science-fiction à hauteur d’enfant, il imagine deux futurs possibles et raconte, à travers une rencontre inattendue, une histoire d’amitié, de déracinement et de monde en mutation. Un récit doux et inquiétant à la fois, qui parle d’écologie et d’enfance.
Arco est un long-métrage d’animation où l’on suit l’aventure d’un petit garçon de dix ans qui meurt d’envie de découvrir un monde différent du sien. Au début, on ne comprend pas bien quand exactement se passe l’histoire, mais le film se situe manifestement dans le futur. Arco vit avec ses parents et sa grande sœur, dans un univers où certains peuvent voler et partir en expédition grâce à une combinaison arc-en-ciel. Sa grande sœur ayant plus de 12 ans, elle a le droit d’enfiler cette combinaison et de partir voler avec leurs parents tandis que Arco, lui, doit rester à la maison. Voler pour aller où ? Pourquoi les parents et la grande sœur de Arco partent-ils pendant une journée entière en le laissant seul ? Crevant de curiosité et d’impatience, Arco finit par désobéir. Une nuit, il enfile la combinaison de sa sœur et s’empare du joyau vert qui lui permet de voler — un objet central, presque mystérieux, et dont l’apparence rappelle étrangement le losange vert des Sims. Mais l’expérience tourne mal. Arco perd le contrôle et se retrouve projeté dans le temps. Il atterrit en 2075, à une époque bien plus proche de la nôtre. Dans sa chute, il perd le fameux joyau vert, ce qui le rend incapable de rentrer chez lui. C’est dans une forêt qu’il est découvert par Iris, une petite fille de dix ans. Elle va l’aider à trouver un moyen de retourner dans son monde, malgré leurs différences et l’écart entre leurs réalités. C’est à partir de cette rencontre que le film déploie son récit : une aventure à hauteur d’enfant, entre science-fiction et amitié.
Très vite, Arco dégage une forme de poésie qui m’a rappelé le cinéma de Miyazaki. Pas dans l’imitation visuelle, mais dans cette manière douce et grave à la fois de parler du monde, de la nature, de l’enfance et de ce qui disparaît. Une poésie fragile, presque mélancolique.
Cette impression est renforcée par le regard posé sur le futur, en particulier celui de 2075. Iris se pose une question : « où se cachent les oiseaux pendant la tempête ? Avant, j’avais envie d’être un oiseau, mais ça, c’était avant. ». Le film montre un monde profondément marqué par les catastrophes écologiques, où les tempêtes sont devenues si fréquentes qu’elles font partie du quotidien. Les habitants savent qu’il faut anticiper, stocker des provisions, s’adapter. L’exception semble être devenue la norme.

Ce futur m’a d’ailleurs rappelé la série Years and Years, notamment dans sa manière de représenter la transhumance, les déplacements contraints, l’adaptation permanente à un monde instable. On sent que le réalisateur ne cherche pas à choquer, mais à montrer une réalité plausible, presque déjà en train de s’installer.
Dans ce monde de 2075, il n’y a plus d’électricité, les maisons sont autonomes, pensées pour survivre aux catastrophes naturelles (tempêtes, feux de forêts, etc) avec des bulles qui protègent les maisons. J’ai trouvé très intéressante la manière dont Ugo Bienvenu imagine le futur, enfin les deux futurs représentés. Celui de 2075, abîmé mais résilient, et celui de 2932, plus écologique, (presque) hors-sol. Deux visions différentes, mais cohérentes.
Le film introduit aussi trois personnages masculins un peu lourdauds, maladroits, souvent à côté de la plaque. Ils font des gaffes, ils parlent trop, et ils apportent un contrepoint comique qui fonctionne bien. Il y a quelque chose des Totally Spies dans leur dynamique, mais en version anti-héros : ils sont incompris, et surtout eux aussi à la recherche de quelque chose.
À chaque monde son héros. Iris est l’héroïne de 2075, Arco celui de 2932. Chacun incarne son époque, ses rêves et ses envies de changement. Leur rencontre donne naissance à une amitié profondément touchante. Arco parle la langue des oiseaux ; Iris, elle, aurait aimé en être un, « - ils se disent quoi ? - ils se disent des mots doux en oiseaux ». Cette opposition, presque poétique, résume à elle seule le lien entre les deux personnages : l’un vient d’un monde où l’on vole, l’autre d’un monde où l’on rêve encore de le faire.

Enfin, comme souvent dans les récits d’aventure portés par des enfants, les parents sont absents. Trop de travail, trop de responsabilités. Cette absence devient le point de départ de l’histoire, comme dans Peter Pan ou d’autres récits. Quand les adultes sont occupés à faire tourner le monde, les enfants, eux, inventent des aventures pour tenter de le comprendre.
Actuellement au cinéma, Arco sera également projeté dans le cadre du Festival Anima à Flagey et au Marni du 20 février au 1er mars 2026.