critique &
création culturelle
Prison Break (saison 1)
Pas de place pour le hasard !

L’idée d’être enfermé, emprisonné est morose et peu réjouissante. Pourtant, cette contrainte peut engendrer beaucoup de créativité et pousse la recherche jusqu’à des points auxquels on n’aurait peut-être pas pensé. Tout dépend du point de vue dans lequel on voit l’enfermement. On peut le voir comme une fin, être piégé à tout jamais, mais on peut aussi l’entendre comme le début d’une ouverture, d’un évasion, ou encore d’un dévoilement.

Série culte apparue en 2005, Prison Break nous plonge dans le projet périlleux de Michael Scofield, jeune ingénieur en génie civil surdoué. Son grand frère, Lincoln Burrows, est condamné à mort pour le meurtre du frère de la vice-présidente des États-Unis. Persuadé de l’innocence de son frère, Michael décide de le faire évader avant son exécution à la chaise électrique qui a lieu un mois plus tard. Pour sauver son frère, Michael élabore un plan extrêmement bien ficelé, qui ne laisse aucune place au hasard. Il se fait tatouer un plan précis de la prison sur tout le haut du corps et entreprend un braquage pour se faire incarcérer dans la prison de Fox River à Chicago, où Lincoln attend son exécution.

Arrivé en prison, Michael se rend compte que tout n’est pas prévisible comme il le pensait. En effet, il se retrouve en face de criminels qui ont chacun une raison de vouloir s’évader, et est obligé de s’associer avec des prisonniers, dont certains sont des meurtriers, des violeurs, des mafieux, des voleurs, etc.

Prison Break a été créée par Paul Scheuring et compte 22 épisodes de 45 minutes dans la première saison. L’univers de la série est très masculin puisque la trame se déroule dans une prison pour hommes. Michael Scofield est interprété par l’acteur américain Wentworth Miller, Dominic Purcell incarne son frère, Lincoln Burrows. Parmi les prisonniers avec lesquels Michael va devoir s’associer pour s’évader, figurent des personnages aussi drôles qu’inquiétants : Amaury Nolasco incarne Fernando Sucre, le voisin de cellule de Michael ; John Abruzzi, le chef de la mafia de Chicago, est interprété par Peter Stormare ; Robert Knepper incarne peut-être l’un des personnages les plus effrayants de la série : Theodore Bagwell, aussi surnommé « T-Bag », qui est un violeur, meurtrier et pédophile ; Le prisonnier Benjamin Miles Franklin, surnommé « C-Note », un ancien militaire accusé d’être impliqué dans des activités de marché noir, est interprété par Rockmond Dunbar. Même si la majorité des rôles principaux sont masculins, certains personnages féminins ont leur importance dans la série, comme Sara Tancredi, docteure de la prison et fille du gouverneur de l’Illinois, qui est incarnée par l’actrice Sarah Wayne Callies ; et enfin Robin Tunney qui interprète Veronica Donovan, ancienne compagne de Lincoln et son avocate.

L’emprisonnement est fatalement l’un des thèmes principaux de Prison Break . La prison, au sens propre du terme, est très importante dans la série puisqu’elle constitue le cadre spatial de l’histoire. Ce décor étouffant est renforcé par l’atmosphère malsaine du centre pénitencier de Fox River : les clans, le racisme,  la violence, les magouilles entre des gardiens véreux et des prisonniers et une tension permanente. La prison est gouvernée par la loi du plus fort.

Dans Prison Break , on entend aussi l’emprisonnement à plus grande échelle. À côté de la prison physique, il y a la prison que forme la société américaine. Tout au long de la saison, on se rend compte que les protagonistes sont piégés par les puissants du pays. Le « simple » assassinat pour lequel est accusé Lincoln est en fait un coup monté élaboré par la vice-présidente des États-Unis.

La trame de l’histoire ne se déroule pas uniquement dans la prison de  Fox River. Ce sont tous les personnages, même ceux qui ne sont pas en prison comme Sara Tancredi et Veronica Donovan, qui sont coincés entre les griffes du gouvernement corrompu. On a beau essayer de prouver la vérité, on sait très bien qu’on sera éliminé.

Michael a bien compris qu’il était inutile de prouver l’innocence de son frère devant la justice puisqu’elle est dirigée par un gouvernement corrompu. Alors il ne reste plus qu’une seule chose à faire : s’évader et survivre. L’évasion est le deuxième thème de la série car elle est la quête principale de l’histoire. Cette thématique peut être appréhendée de plusieurs manières.

D’une part, on pense instinctivement à l’évasion de la prison. Il s’agit alors d’une course contre la montre pour Michael : préparer son plan, réussir à s’évader avant l'exécution de son frère, et tout cela sans se faire remarquer. C’est l’un des points forts de cette série qui captive et installe le spectateur dans une tension permanente. Le plan d’évasion de Michael est à la hauteur de son Q.I. surélevé. Il a tout prévu dans les moindres détails, à commencer par s’approprier le plan de la prison d’une manière bien particulière : se le faire tatouer sur le corps.

D’autre part, l’évasion peut être comprise comme la prise de liberté par rapport à l’emprise de l’état et de la loi. L’unique objectif de Michael est de sauver la vie de son frère qui est innocent, mais qui, malgré lui, est tombé dans les mains du gouvernement. Ce souhait de liberté, on le retrouve aussi chez C-note, ex-militaire accusé par son supérieur d’avoir des activités en contact avec le marché noir car il a dénoncé la torture sur des prisonniers terroristes pratiquée par certains de ses collègues. Par après, C-note s’est retrouvé condamné. Seulement, il n’a jamais osé le dire à sa femme et sa fille qui pensent toujours qu’il est en mission en Irak. Quand il comprend que Michael veut s’évader, il ne lui laisse pas le choix de l’emmener avec lui, pour retrouver sa famille.

La série est très appréciée par le grand public, et ce n’est pas pour rien.

Même si l’intrigue est assez simple, les réalisateurs ont réussi à captiver les spectateurs de manière constante en ajoutant beaucoup d’enjeux au fil rouge initial. L’un des  points forts est l’ambiance créée au sein de la prison : une atmosphère inquiétante et étouffante. Une atmosphère où l’on ne sait pas si on sortira de Fox River vivant. Cette ambiance de prison est d’autant plus crédible grâce au jeu des acteurs. Le jeu de Peter Stormare, qui interprète John Abruzzi, m’a particulièrement marquée. Il joue le mafioso avec beaucoup de justesse et de charisme. Il arrive à nous terrifier avec ses méthodes violentes et barbares. Le personnage de T-Bag est aussi très crédible dans ce domaine. Robert Knepper joue parfaitement le violeur pédophile et tueur sanguinaire. Enfin, Wentworth Miller qui interprète Michael Scofield est la figure marquante de la série. C’est un personnage extrêmement charismatique, et pourtant, il n’a pas vraiment le profil du “héros badass” car Michael est un surdoué assez discret, il parle peu, est très émotif et surtout très humain. Il cherche toujours à aider ceux qui le méritent.

Prison Break accorde une place importante à l’élaboration du plan d’évasion. Avec un atout majeur : le tatouage de Michael. C’est une idée que j’ai trouvée géniale, elle constitue une sorte de repère dans l’espace et dans le temps pour Michael et le spectateur. De fil en aiguille, on découvre de plus en plus de choses sur ce tatouage et par conséquent sur la manière dont va s’évader Michael et sa bande.

La série est très addictive, on est toujours tenté de regarder le prochain épisode. Comme tout est calculé, les imprévus prennent une très grande ampleur, et c’est pour ça qu’on veut absolument regarder la suite. Pour ma part, je ne me suis jamais lassée de la saison, bien qu’elle compte 22 épisodes.

Prison Break présente toutefois une faiblesse : certaines choses ou événements peu probables surviennent de nulle part dans le plan de Michael. Des éléments qui ont été introduits un peu « facilement ». Mais la série n’a pas pour but de représenter la réalité, c’est donc un détail assez minime.

Prison Break est un chef-d’œuvre. Intrigant et haletant, nous ne sommes jamais au bout de nos peines et de nos surprises... C’est une série forte devenue culte grâce à son intrigue initiale, mais aussi grâce au contexte et à l’atmosphère étouffante qui règne dans la prison.

Même rédacteur·ice :

Prison Break

Créé par Paul Scheuring

Avec Wentworth Miller, Dominic Purcell

Fox, 2005

Saison 1 : 22 épisodes de 43 minutes

Voir aussi...