critique &
création culturelle

Regards sur le travail 2018

Happy Birthday

Début octobre 2018 à Bruxelles, le P’tit Ciné à présenté la vingtième édition de son festival Regards sur le travail. Durant une semaine, douze films documentaires ont répondu à une question phare : c’est quoi le travail ?

Alors c’est quoi le travail en 2018 ? Réinventer des métiers vieux comme le monde ? Se démener pour ses droits ? Se lever aux aurores et réveiller le fleuve ? C’est ce qu’a découvert le public, installé dans les confortables sièges des cinémas Palace et Aventure qui ont accueilli le festival. Accueil des plus chaleureux tant de la part du Palace que des organisateurs du festival.

Réinventer des métiers vieux comme le monde et ce grâce à la coopération, c’est ce que nous présente Dominique Marchais dans le dernier documentaire d’une trilogie. Nul homme n’est une île nous emmène en Autriche en passant par la Sicile et la Suisse afin de nous présenter trois projets participatifs. Ces projets mettent aussi bien l’accent sur le circuit court que sur l’importance de prendre en compte les richesses offertes par le lieu et de s’inspirer de celles-ci. Pour arriver à cela, un groupe de producteurs siciliens a créé Le Galline Felici. Un circuit court de production dans lequel toutes les décisions sont prises de manière collective. Par cette coopérative, ils réussissent à s’adapter à la transformation que subit le paysage depuis quelques années et même à faire diminuer le nombre de détritus sur les bords des autoroutes en y plantant, à l’aide de scouts liégeois, différents arbustes et fleurs.

Nul homme n’est une île.

Un autre exemple est celui de Vrin. Afin de réagir au dépeuplement de ce village Suisse, Gion Caminada, professeur et architecte, a décidé de remettre en valeur les filières artisanales de la région. Cela a permis de ramener des habitants mais aussi des travailleurs dans les rues de Vrin, tout en mettant en valeur son architecture.

Enfin, en Autriche, la démocratie participative est affaire publique et rendue possible par le bureau des questions futures. Grâce à cela, le problème qui était de retrouver une identité particulière et un attrait unique pour un village a maintenant été résolu. Résolu par les habitants et toujours en tenant compte de l’environnement dans lequel ils vivent. Dominique Marchais nous propose ici un documentaire riche en informations dans lequel le paysage a toute son importance. Tant pour comprendre les enjeux des différents projets que pour ralentir le rythme entre les nombreuses interviews.

Se démener pour ses droits est très important car rien ne nous est donné. Rien ne nous est donné est un documentaire de Benjamin Durand. Un retour en arrière sur les plus importantes grèves de Bruxelles, sur les instants où les travailleurs ont dit « non » et sont restés sur leur position jusqu’au bout. Ces grévistes nous racontent leur aventure, l’organisation, l’espoir et les désillusions mais aussi la manière dont ils sont parvenus à réaliser une chose qu’ils considéraient comme impensable : s’opposer au patron. Malgré des redondances dans la forme du documentaire et le cadrage parfois maladroit, il ne perd pas sa pertinence en entrecoupant les récits d’images d’archives. De plus, le parti pris est très clair : seuls des grévistes sont interviewés et nous racontent leur combat. Des femmes et hommes remplis de conviction, de détermination et qui sans hésitation recommenceraient, en faisant même pire.

Se lever aux aurores et réveiller le fleuve, c’est ce que fait Albertino dans son quotidien de pêcheur. Son portrait a été tiré par la réalisatrice portugaise Leonor Teles. Tous deux viennet de la Terra Franca, qui donne son nom au documentaire. Albertino est donc pêcheur, il pêche à l’ancienne sur le Tage. Il est également mari, père et grand-père. Hier sa femme achetait un aspirateur, aujourd’hui il perd sa licence de pêche et demain il mariera sa fille aînée. Le documentaire suit cet homme aussi bien sur le fleuve, seul, que dans son foyer, entouré de sa famille. La réalisatrice n’intervient à aucun moment dans le portrait, elle laisse les membres de la famille et les ambiances s’exprimer par elles-mêmes. Des ambiances très douces, chaleureuses, accompagnées de superbes plans. Les images sont en effet un réel plaisir pour les yeux.

Quand on prend du recul sur le film, il y a Albertino, taiseux mais si charismatique, sa famille aimante, des musiques choisies avec soin et des images de Leonor Teles, et un film touchant et rempli de poésie.

Albertino.

Le P’tit Ciné a donc clôturé le dimanche 7 octobre un festival réussi après avoir proposé différentes visions du travail, permis des rencontres et échanges avec les réalisateurs. Entre les coopératives, les grèves et la pêche, un beau panel des aspects du monde du travail a été ici représenté. Cette année comme les vingt autres, les réalisateurs nous ont montré ce qu’était le travail.

Persiste une question : à quoi ressemblera le travail en 2019 ?

Même rédacteur·ice :

Nul homme n’est une île

Réalisé par Dominique Marchais
France, 2017
96 minutes

Rien ne nous est donné

Réalisé par Benjamin Durand
Belgique, 2018
58 minutes

Terra Franca

Réalisé par Leonor Teles
Portugal, 2018
82 minutes