critique &
création culturelle

Interview virtuelle d’une poétesse waterlootoise

@0hmypen

Qui de mieux placée pour parler des réseaux sociaux et de la culture qu’une artiste ? Voici Malaïka, aussi connue sous le nom de @0hmypen, une jeune belge qui enrichit la toile de ses poèmes. Elle les partage sur Instagram pour le plus grand plaisir de ses followers et des amateurs de la langue de Molière.

Pourrais-tu te présenter ainsi que ton art et ton compte Instagram ?

Je m’appelle Malaïka Mukaz. J’ai 24 ans et j’ai terminé mon master en Relations Publiques à l’IHECS l’année passée. J’ai depuis pris quelques mois pour me reposer mais je suis actuellement à la recherche d’un emploi. Durant ces mois de repos, j’en ai profité pour relire mes poèmes, en modifier certains et en écrire de nouveaux. En voyant le nombre de mes productions, j’ai eu l’idée de créer la page « 0hmypen » sur Instagram. La dite page fait office de recueil de poèmes originaux. Je poste un poème chaque lundi et le mercredi, je poste deux petites phrases issues du poème en guise de citation.

Instagram est le réseau de l'image et de la photo, pourquoi t'a-t-il plus attiré qu'un autre pour publier des textes ?

C’est justement parce qu’il est d’abord le réseau de l’image et de la photo qu’il m’intéressait plus qu’un autre. J’avais envie de proposer une autre forme de contenu. J’adore voir des photos de mode, de voyages, etc. mais j’ai envie de voir autre chose aussi et je me suis dit que d’autres personnes étaient sûrement dans le même cas. Bien évidemment, d’autres l’ont fait avant moi mais l’écriture ne déroge pas à la règle : au plus on est, au mieux c’est. Il y en a pour tous les goûts.

L’échange très direct avec les followers par le biais des messages privés, commentaires, stories est-il bénéfique ou négatif selon toi ? Pourrais-tu nous expliquer comment  gères - tu la communication avec ta communauté ?

Il faut savoir que 0hmypen a été une surprise pour mon entourage, étant donné que personne ne savait que j’écrivais de la poésie bien que ça fait maintenant 10 ans. Donc quand j’ai posté mon premier texte « Jeux de mains », mes amis, certaines connaissances et certains membres de ma famille m’ont envoyé leurs avis et félicitations par message. Ce sont eux mes premiers followers. J’ai continué à poster et à recevoir des retours en commentaires et en messages privés et ça fait énormément plaisir de voir que les gens adhèrent parce que j’avais peur de créer cette page au départ. L’écriture, c’est très personnel et bien que je sois très sociable, je ne parle pas beaucoup de moi. Quand je n’invente pas l’histoire d’un poème, j’écris ce que je n’arrive pas à dire, ce que je dirais mal ou ce que j’ai mal fait. Donc avoir des retours là-dessus me va droit au cœur.

Est-il important pour toi de partager ton art, de le rendre accessible à tous ? Penses-tu que cette accessibilité soit bénéfique pour tous, les artistes et leur public ?

C’est important de rendre mon art accessible à tous et c’est là que réside la force des réseaux sociaux. L’art est élitiste de prime abord, et les réseaux permettent de briser un peu cette image ainsi que celle qu’on peut parfois se faire d’un artiste, en l’occurrence d’un poète, comme étant tout le temps dépressif voire un peu torturé. Par exemple, mes textes sont parfois un peu sombres parce que je suis fort inspirée par les événements qui m’attristent mais sinon, dans la vie de tous les jours, je suis très joviale.

Cette accessibilité est bénéfique pour tous car elle permet le rapprochement entre l’artiste et son audience. Si un lecteur ne comprend pas où je veux en venir, il peut commenter ou m’envoyer un message et je me ferais une joie d’échanger avec lui.

T’arrive-t-il de ressentir une pression pour produire du contenu ? Penses-tu que cela puisse bloquer l’inspiration de certains artistes ?

Oui ça m’arrive. Mais ce n’est pas une pression vis-à-vis d’Instagram en tant que tel. Je ne suis jamais dans une situation où je me dis « C’est bientôt lundi, il faut que je termine vite ! » Toute personne qui écrit s’est déjà retrouvée face à la fameuse page blanche. Cela arrive. Si je n’ai rien à poster, je ne posterai rien et je m’expliquerai en story. La pression que je peux ressentir est due au fait que l’écriture me permet de me challenger. J’ai envie de voir ma propre évolution dans mes textes. Si la pression naît de cette envie d’évoluer alors non, ça ne bloque pas l’inspiration. La production prend juste un peu plus de temps. Par contre, se mettre la pression pour poster le plus rapidement peut bloquer l’inspiration et pousser à traiter un sujet choisi « par dépit » de manière superficielle et le rendu ne sera pas de qualité.

Penses-tu que les réseaux puissent pousser à en oublier l’art pour l’art en faveur du nombre de likes et de followers ? Comment selon toi ne pas tomber dans la quête du buzz ?

Je pense que ça peut effectivement pousser à en oublier l’art pour l’art. Certes, quand on s’implique, c’est gratifiant de voir son nombre de likes et de followers grimper mais il ne faut pas le faire pour ça. Il faut le faire pour soi et pour ceux qui adhèrent à notre démarche artistique. Le reste, c’est du bonus et c’est ce qu’il faut garder à l’esprit pour ne pas tomber dans la quête du buzz .

Qu’en est-il du risque de plagiat ? Es-tu familière à ce problème et penses-tu que les réseaux facilitent ce genre de démarches ?

Je n’ai pas encore été confrontée au plagiat mais je pense que les réseaux peuvent, effectivement, faciliter la pratique mais ils peuvent aider à faciliter sa dénonciation également. Si un artiste se fait plagié, une personne le remarquera peut-être et pourra lui envoyer un message avec un screenshot. La procédure de dénonciation est donc assez rapide. Dans ce cas, il ne faut absolument pas que l’artiste supprime sa publication car la date de cette dernière peut servir de preuve mais ça reste une preuve assez frêle. Le mieux c’est de protéger ses textes en ligne. Il est possible d’archiver ses productions sur des sites tels que Copyrightdepot. Notons que ces méthodes protègent les écrits mais n’empêchent pas la pratique pour autant...

Instagram est une galerie d'art gratuite et sans frontière. Écrire en anglais te tenterait-il pour toucher plus de monde ou tu es une amoureuse de la langue française ?

C’est une très bonne question ! J’y ai songé parce qu’effectivement, le fait d’écrire en français me prive d’une audience majoritairement anglophone. Néanmoins, je continuerai d’écrire en français parce que comme je l’ai dit précédemment, j’écris ce que je n’arrive pas à dire, ce que je dirais mal ou ce que j’ai mal fait. Étant donné que je pense en français, j’ai l’impression que l’anglais m’éloignerait de ce que je ressens et de ce que je veux réellement dire. En outre, je vois pas mal d’anglophones dire qu’ils aimeraient apprendre le français pour comprendre les textes de certains auteurs donc je me dis que s’il y a plus de productions en français, ça pourrait pousser plus de personnes à apprendre la langue de Molière.

Penses-tu qu’un feed Instagram puisse remplacer un livre ? Le toucher, l’odeur ?

Je fais partie de ces personnes qui se réjouissent que la digitalisation fasse partie de notre quotidien mais concernant la littérature, rien ne peut égaler un livre. Même si on va vers un modèle où l’écran tend à remplacer le papier, je reste persuadée que c’est bien pour un format de texte court. D’ailleurs, Instagram n’est pas une plateforme de traitement de texte, donc les écrits doivent être assez courts au risque d’être coupés en plusieurs slides, ce que je n’aime pas du tout. Couper un texte induit la rupture dans le rythme de lecture.

Les réseaux sociaux sont très éphémères, ils sont très vite remplacés par les suivants. Que penses-tu de la longévité de ton art sur Instagram en comparaison à un livre ?

C’est vrai qu’ils sont vite remplacés mais rien n’empêche d’aller vers le livre. Instagram peut donner une impulsion à un artiste. Notons également que les écrits restent et c’est valable pour le livre comme pour l’écriture sur Instagram. Si ce dernier se fait voler la vedette par un nouveau réseau et que le compte n’est pas supprimé, les écrits resteront.

Ce sujet t'inspire-t-il quelques vers ?

Les réseaux sociaux m’inspirent. J’ai commencé un poème qui traite du sujet mais je ne sais pas quand je l’aurai terminé. Restez vifs sur #0hmypen pour ne rien louper !

Marie Degel & Florence Defraire

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