critique &
création culturelle

Rencontre avec Thomas Waterzooi

Briser les frontières des arts

L’art moderne embrasse le jeu vidéo dans Please, Touch The Artwork 2. Le joueur y parcourt librement les toiles bariolées du Belge James Ensor dans un voyage grotesque unique pour le médium. Mais le projet ne porte-il pas une volonté de remplacer les musées par le jeu vidéo ?

Thomas Waterzooi, vous avez développé un jeu assez unique en solo. Pouvez-vous nous le présenter et nous dire comment ce projet est né ?

Please, Touch The Artwork 2 est un point and click basé sur les peintures de James Ensor : le joueur collecte des objets pour les personnages qu’il rencontre dans les tableaux. Il y a aussi des mini-jeux et une intrigue avec un mystérieux antagoniste qui vous suit de tableau en tableau. Ce sont les services du gouvernement flamand qui sont venus vers moi. Ils avaient joué à Please, Touch The Artwork, mon premier jeu, et ils voulaient quelque chose pour célébrer le fait que la Belgique soit à la présidence du conseil européen. Ils m’ont aidé à financer ce jeu en tant qu’activité culturelle. La seule chose qu’ils m’ont imposée, c’est que le jeu mette en avant un artiste flamand.

Pourquoi avoir choisi James Ensor spécifiquement ?

On pourrait penser que je l’ai choisi parce que 2024 marquait le 75e anniversaire de sa mort. En réalité, c’était du hasard. Je me suis intéressé à plusieurs peintres flamands avant la production du jeu, même des plus anciens comme Rubens. Finalement, j’ai opté pour un artiste plus moderne. Ses œuvres sont tombées dans le domaine public, ce qui m’a permis de les utiliser gratuitement. En plus, ses tableaux sont bizarres, spéciaux et différents. Cela m’a plu car j’aime aussi les choses étranges. C’est pour toutes ces raisons que j’ai jeté mon dévolu sur James Ensor.

« Please, Touch The Artwork 2 »

Quelles sont vos techniques pour inclure des tableaux dans un jeu vidéo?

Le Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers conserve l’une des plus grandes collections de peintures d’Ensor. En plus, ils les ont numérisées en haute définition, c'est-à-dire qu’elles sont exploitables pour mon jeu. J’ai donc pu utiliser cette collection très facilement. Certaines œuvres étaient également disponibles sur internet (Wikimedia), en haute définition pour certaines. J’ai donc utilisé une intelligence artificielle qui augmente la définition des images. Au total, il y a 80 peintures dans le jeu qui proviennent de ces différentes sources.

Vous travaillez seul, c’est un choix ?

J’avais une échéance imposée par le gouvernement flamand, donc je devais être efficace. J’ai collaboré avec un artiste indépendant pour les animations de certains personnages. Pour la partie audio, j’ai travaillé avec Demute, un studio bruxellois. Je suis très satisfait de leur travail, mais pour mon prochain jeu, j’aimerais composer moi-même la musique, étant moi-même pianiste.

Justement, vous travaillez sur un nouveau projet. De quoi s’agit-il ?

Il s’appelle Please, Watch the Artwork. Il est inspiré d’un autre jeu, I’m on Observation Duty. Le joueur doit surveiller des peintures via des caméras de surveillance. Rapidement, il remarque que les tableaux changent et que des anomalies apparaissent. Le joueur doit les détecter pour progresser. Mon jeu sera plus axé sur l’horreur psychologique, inspiré par l’œuvre de David Lynch. Il n’y aura ni monstres ni jumpscares. Cette fois, j’utiliserai les peintures d’Edward Hopper.

« Please, Watch The Artwork »

Et pourquoi partir sur Hopper cette fois-ci ?

Je désirais un univers plus sombre, plus angoissant. Parmi les artistes modernes, Hopper est selon moi l’un des plus dark. Ses œuvres sont aussi facilement accessibles ‒ étant également tombées dans le domaine public. Et il est plus connu qu’Ensor : peut-être que cela attirera un public plus large ? Au vu du succès de mes précédents jeux, je ne pense pas que la notoriété de l’artiste soit déterminante. L’important est que son œuvre résonne avec le public. Ensor est surtout connu en Belgique, pourtant mon jeu a bien marché. Certes, le fait que Hopper soit américain joue en sa faveur, mais c’est surtout une question de marketing.

Vous avez déjà prévu une date de sortie pour ce jeu sur Hopper ?

Je ne sais pas encore. Disons que je suis à mi-chemin. En réalité, je travaille aussi sur Please, Touch The Artwork 3, qui ressemblera à mon jeu sur Ensor, mais avec plusieurs artistes impressionnistes comme Monet, Manet ou Van Gogh, ainsi que des peintres moins connus dont je veux faire découvrir le travail. Ce sera mon projet le plus ambitieux.

Vos jeux sont-ils une façon détournée de découvrir l’art moderne, comme un musée interactif ? C’est votre objectif ?

On peut le voir comme ça, effectivement. Cela dit, je ne fais pas des jeux pour éduquer, mais pour inspirer. Si les joueurs sont touchés par une œuvre et qu’ils visitent ensuite un musée, tant mieux. Mais ce n’est pas mon but. Je ne veux pas concurrencer les musées, mais plutôt entrer en complémentarité avec eux.

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Thomas Waterzooi illustre le mois de février de notre Clendrier Karoo perpétuel ! Pour retrouver l'illustration commentée par Hippolyte Waiengnier, ça se passe ici ; Karoo consacre également une galerie virtuelle à Thomas Waterzooi en ce mois de février 2026 : ça se parcourt .

Même rédacteur·ice :

https://studiowaterzooi.com/

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