Pour la première fois, des sésames exceptionnels ont été accordés à près de mille cinéphiles de 18 à 28 ans, sur la Croisette du 17 au 19 mai. Le badge nominatif leur a permis de voir les films de la sélection officielle.

Accepté préalablement sur lettre de motivation, il fallait également pouvoir s’y rendre et s’y loger (merci les compagnies low cost et Airbnb). Du haut de mes (presque 29 ans), je fais partie des chanceux plus âgés. Je suis arrivée à Cannes jeudi après-midi et ai aussitôt pu retirer mon accréditation (et un tote bag bling bling). Il a fallu entrer au Palais des festivals et mon cœur s’est, je vous l’avoue, un peu emballé lorsque j’en ai franchi la porte. « Vous avez l’accès aux mêmes séances que la presse, et il y a le cinéma des Arcades qui projette des films en continu ». D’accord. Je découvre rapidement qu’en fait, pour aller aux séances dans le théâtre Lumière (la plus grande salle du Palais), il faut se procurer des invitations. Deux options : demander des invitations via notre compte ciné en ligne (sélection au hasard) ou attendre avec un panneau devant le palais des Festivals.

Le look « je cherche une invitation »...

J’ai eu la chance d’en recevoir deux : une pour Dogman de Matteo Garrone (j’avais adoré Gomorra) et l’autre pour Capharnaüm de Nadine Labaki (je n’avais jamais vu Caramel).

Pour accéder au théâtre Lumière, il faut d’abord évidemment vivre l’impressionnante montée des marches. Il n’y en réalité qu’une peu plus qu’une douzaine et ça ne dure pas si longtemps, vu que les vigiles nous invitent à avancer. Le moment le plus impressionnant, c’est de se retourner un instant tout en haut et de voir cette marée bigarrée gravir la surface rouge.

Comme c’est la première année que cette initiative est conduite, nous intégrons les us et coutumes festivaliers en discutant. « Il n’y a pas de soirées pour nous, si ? J’ai trouvé un open bar ! ». On nous distribue des flyers soulignant que le « selfie est interdit sur le tapis rouge », au bonheur et/ou au malheur de certain(e)s. Ensuite, il y a d’autres choses à ne pas faire : manger (une fille rebelle s’est fait raccompagner à cause de son croissant), amener un gros sac à dos. Tout est codifié. Le public de 3 days in Cannes a généralement moins de 25 ans, leurs yeux pétillent. Certains viennent de France, d’autres sont étudiants étrangers, certains ont déjà fait un stage dans l’audiovisuel ou des études de ciné. Ils viennent en général pour diverses raisons : le cinéma bien sûr, le côté glam/people (« elle est où Vanessa Paradis ? Benicio del Toro était assis juste derrière moi ! ») mais parfois simplement la curiosité de découvrir cette atmosphère virevoltante et enivrante. Impossible d’accéder à la cérémonie de clôture pour le commun des mortels, quant aux soirées, d’après les locaux, elle ne sont pas aussi bien qu’avant, quand « tout le monde se promenait sur la Croisette jusqu’à 3h» car « maintenant c’est plus sélect ». Effectivement, Croisette déserte dès 1h du matin et plages privatisées. Nostalgie d’un temps inconnu pour ces festivaliers de 18-28 ans !

La file pour Mandy, film de genre déjanté de Panos Cosmatos.

Avant chaque film, selon sa popularité et le buzz qu’il a fait, il faut compter une heure à deux de file : l’occasion de se parler un peu. J’aurai vu 7 films en trois jours, ce qui, vu le temps consacré à faire la file, n’est vraiment pas mal. Malchance, j’ai raté la rediffusion du Noé (Climax) samedi matin à l’issue de la Quinzaine, mais c’était pour voir un film polonais très poétique, Cold war, qui a reçu le prix de la mise en scène. J’ai finalement pu voir Climax à Genève en juin.

Avec une première séance dès 8h30, les 3 days in Cannes sont des lève-tôt. Le plus amusant était de voir ce mélange coloré entre professionnels du cinéma affairés, touristes à l’affût de stars, mais aussi jeunes cinéphiles en smoking qui faisaient la file au Macdo ou à Zara entre les séances. J’ai pu découvrir certains films (le loufoque et frenchy À genoux les gars, Antoine Desrosières), et voir du cinéma contemporain acclamé (Matteo Garrone, Alice Rohrwacher) ou plus populaire (Nadine Labaki n’a pas fait l’unanimité surtout parmi la presse, malgré le Prix du jury).

Un regret : ne pas avoir eu une place pour voir BlacKkKlansman de Spike Lee (Grand Prix !).

Un souvenir parmi d’autres qui me restera, c’est l’éblouissement causé par le reflet du soleil sur la baie cannoise, ajouté à ce picotement aux yeux si familier lorsqu’on sort d’un grand moment de cinéma. Sorti d’une salle sombre, on voit à nouveau le monde extérieur, forcément changé.

 

En savoir plus...

Films vus au 71e festival de Cannes, en mai 2018

Mandy, Panos Cosmatos

Dogman, Matteo Garrone

Capharnaüm, Nadine Labaki

Plaire, aimer et courir vite, Christophe Honoré

Lazzaro Felice, Alice Rohrwacher

À genoux les gars, Antoine Desrosières

Cold War, Paweł Pawlikowski