Dans Fishing without Nets, Cutter Hodierne (vingt-huit ans) explore le monde méconnu et impitoyable des pirates somaliens, en s’attachant à évoquer cette thématique complexe avec justesse. Le spectateur y suit le parcours d’Abdi, jeune pêcheur devenu pirate par nécessité. Reda Kateb, acteur du film, a donné une master class à Genève. Karoo était présent.

Produit par VICE, Fishing without Nets a été récompensé en 2014 au festival du film indépendant de Sundance. La richesse du film se situe dans sa perspective toute particulière, brassant à la fois les genres du documentaire et du thriller. Les protagonistes principaux, castés localement (sauf le Français Reda Kateb), offrent une première interprétation convaincante à l’écran. Les dialogues entre les équipages se font en dialecte local, avec la traduction du strict nécessaire. Les mots sont pesés ; beaucoup de choses passent par le regard et les non-dits : on assiste à un touchant dialogue interculturel, ponctué de moments de tension extrême, laissant le spectateur à son jugement personnel et sa sensibilité. Dans son filmage, Cutter Hodierne privilégie le travelling avant, qui présente et accompagne les personnages de dos, comme pour rester au plus près d’eux et nous inciter à les « suivre ». Pour nous rapprocher d’eux encore davantage, et notamment du personnage principal, une voix off ponctuelle nous fait partager les rêves d’Abdi.

La photographie est puissante, avec ses plans sur l’immensité de la mer et sur les paysages désertiques qui donnent le vertige et placent l’humain au centre d’un espace vide et sublimé, à la fois nourricier et menaçant.

Nous sommes loin du film racoleur qui stigmatise. Fishing without Nets, autant par son approche filmique que par sa distribution et son scénario, se veut sincère et subtilement nuancé.

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Un film humain, donc, à l’image d’un de ses participants, Reda Kateb, César du meilleur second rôle en 2015, venu donner une master class à Genève au Festival du film et forum international sur les droits humains.

Imprégné depuis sa tendre enfance par le monde du théâtre dans lequel ont évolué ses parents, Kateb n’oppose cependant pas le cinéma à ce milieu, qu’il décrit comme « un cercle chaleureux et intime ». En effet, ce qui le fascine dans le septième art, c’est avant tout « la porosité par rapport au réel », le fait qu’il ait la chance de faire des rencontres uniques, qu’il n’aurait pas pu faire au théâtre. Il évoque notamment le tournage de Fishing without Nets, où il passait quatorze heures par jour sur le plateau, côtoyant des réfugiés somaliens.

Le cinéma, c’est avant tout « des gens passionnés par plein de domaines et qui travaillent ensemble », pour achever une sorte d’enchantement collectif. Kateb apprécie la « magie collective » qui peut surgir d’une scène où place a été faite à l’improvisation afin d’atteindre la vérité propre à la séquence.

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Interrogé sur son jeu, et sur la tradition d’interprétation à laquelle il se dit appartenir, Kateb aime souligner que les acteurs de culture francophone privilégient plutôt le « pourquoi », explorent le rôle et les objectifs du personnage. Il oppose cette approche à celle des acteurs de culture anglo-saxonnes, plus techniques, qui aiment généralement aborder le protagoniste par la voie du « comment ».

Reda Kateb, comme à son habitude tout en nuances, éclaire le public : au cinéma et au théâtre, l’acteur passe par le temps du « pourquoi » afin d’aborder le « comment ». Interrogé sur son récent César, il dit simplement, en souriant, s’étonner lorsqu’on le reconnaît chez ED quand il fait ses courses, avant d’évoquer avec humour son passé de clown professionnel, et son parcours ardu précédant son rôle dans le désormais classique de Jacques Audiard Un prophète (2009).

Un acteur modeste, conscient du chemin artistique qu’il désire emprunter et du travail nécessaire pour y arriver, soulignant que l’œuvre d’un interprète n’est pas seulement une prouesse technique ou un dépassement de soi-même, sur le mode d’une inspiration romantique. Son plaisir personnel de comédien, c’est de « faire le tour d’un rôle », de ses facettes ; pas de le répéter jusqu’à l’épuiser. On attend avec impatience de le revoir à l’œuvre dans les Chevaliers blancs de Joachim Lafosse, qui sortira courant 2015 en Belgique.

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Fishing without Nets

Réalisé par Cutter Hodierne
Avec Reda Khateb, Abdiwali Farrah, Eric Godon
États-Unis/Somalie/Kenya, 2014, 109 minutes