Parler des différences culturelles avec humour est une mission que Lucien Jean-Baptiste a remplie à merveille. Rires et réflexion sont au rendez-vous dans Il a déjà tes yeux.

Le spectateur se retrouve petit à petit plongé dans une ambiance familiale et suit les personnages dans l’intimité de leur maison. Il découvre donc Sali (Aïssa Maïga) et Paul (Lucien Jean-Baptiste), un couple marié qui tente d’adopter un enfant. Le fameux jour arrive : un petit garçon du nom de Benjamin les attend au centre d’adoption. Seul problème : il est blanc, blond et a les yeux bleus ; ils sont noirs. Pour Sali et Paul, c’est la surprise mais ils sont heureux. Pour les parents de Sali en revanche, c’est la crise. Leur petit-fils ne peut être blanc car « ce n’est pas dans l’ordre des choses ». Alors, si l’on ajoute à cette difficulté une assistante sociale qui partage le même avis que les parents de Sali… Les nouveaux papa et maman ne sont pas arrivés au bout de leurs peines !

L’histoire amène le spectateur à la réflexion en brisant ce qu’on pense être une norme : ce n’est pas un couple de blancs qui adopte un enfant noir. C’est un couple de noirs qui adopte un enfant blanc. Avec humour, le récit souligne qu’au fond, cela n’a pas d’importance. Et la morale est admirable : l’important est que l’enfant soit avec des parents qui l’aiment, peu importe leur couleur de peau.

C’est ce que Sali et Paul sont pour Benjamin. Un couple aimant qui veut bien faire. Un couple attentif qui souhaite seulement donner de l’amour. Un couple qui se fiche des préjugés. Un couple prêt à tout pour garder leur fils.

Plusieurs sentiments se mélangent au fur et à mesure du récit. Au départ, j’étais seulement amusée par le ridicule de la situation présentée. Qu’est-ce que cela peut faire qu’un couple de noirs adopte un enfant blanc ? Telle était ma réaction. Puis j’ai ressenti un sentiment de tristesse pour le personnage de Sali : personne ne comprend qu’elle est la mère de Benjamin. On la prend pour la nounou ; on dit à une de ses amies blanches que l’enfant a ses yeux ; on se moque d’elle quand elle explique être la mère de Benjamin.

Aïssa Maïga.
Aïssa Maïga.

Ceci met en avant les qualités d’actrice d’Aïssa Maïga : on se sent mal pour elle, on voudrait effacer tous ces préjugés. On se demande aussi comment on réagirait à la place des personnages qui sont surpris ou moqueurs. Mais cette réflexion reste dans un coin de la tête, car le film aborde le thème sur un ton léger. On est plus souvent en train de rire qu’en train de se questionner.

Et c’est une qualité, car si le spectateur est suffisamment éveillé, l’humour lui permet de retenir la problématique. Il peut ensuite réfléchir à la question, une fois hors de la salle. Après tout, n’est-ce pas un bon moyen de toucher ceux qui ne sont pas friands des documentaires rasoirs et sérieux ?

Un autre point fort est que le film donne autant le point de vue des personnes de couleur que le point de vue des types européens sur la question. Les premiers sont plutôt moqueurs et commères, comme cet ami du père de Sali qui annonce à tout un café que son petit-fils est blanc pour en rire ; les seconds surpris et gaffeurs, comme cette pédiatre qui met longtemps à comprendre que Sali est la mère de Benjamin.

Peut-on se fier à cette représentation ? Bien que certaines scènes soient clichés pour faire rire le public, on peut y reconnaître des réactions déplacées qu’on a peut-être déjà vécues ou entendues… Toutefois, adopter ce double point de vue permet à tout le monde de se sentir concerné.

Ainsi, aller voir Il a déjà tes yeux, c’est prendre part à une réflexion importante, très actuelle. Le film nous dit, à travers la sœur de Sali (Marie-Sohna Condé), que le monde change. Elle rappelle à son père qu’il n’y a plus d’ordre des choses comme il en est persuadé mais seulement une évolution avec laquelle on doit avancer, qu’on soit pour ou contre. Et vous, où vous positionnerez-vous ? Quelle est votre opinion sur le sujet ?

 

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Il a déjà tes yeux Réalisé par Lucien Jean-Baptiste Avec Lucien Jean-Baptiste, Aïssa Maïga, Vincent Elbaz France, sortie prévue en 2017 95 minutes