Une passionnante plongée, aux éloges excessifs, dans le cinéma de ceux qui l’ont inventé : les frères Lumière.

L’anecdote est connue : George Méliès, se proposant d’acheter le brevet du cinématographe aux frères Lumières, essuie un refus, se voyant répliquer : « Remerciez-moi, je vous évite la ruine, car cet appareil, simple curiosité scientifique, n’a aucun avenir commercial ! » Peut-être cette réponse était-elle sincère, mais il est plus probable qu’il s’agissait là d’une manière d’éloigner et de décourager un potentiel concurrent. La production cinématographique des Lumière va dans ce sens : en l’espace de sept ans, Louis Lumière et ses chefs-opérateurs ont réalisé plus d’un millier de séquences, filmées de par le monde, révélant une forte volonté de documenter leur époque et d’explorer les nombreuses possibilités de ce nouveau média.

Faire découvrir la richesse de ce cinéma des premiers temps, c’est toute l’intention de Thierry Frémaux et de son film Lumière ! L’aventure commence. Celui qu’on connaît surtout comme le délégué général du festival de Cannes réalise ici un travail documentaire et de mémoire remarquable. Regroupant quelques cent neuf des meilleures prises de vues produites par la société Lumière, ce film se propose de nous faire découvrir leur cinéma à travers ces images magnifiquement restaurées, et accompagnées par les commentaires de Frémaux lui-même.

Sa narration, foisonnant de détails sur l’époque, dynamise le film, et nous force à nous investir et à nous intéresser aux Lumière. Il souligne incessamment leur ingéniosité, s’attardant sur la mise en scène (Louis Lumière préférait diriger les personnes qu’il filmait, même lorsque sa captation avait essentiellement un but documentaire), le sens du cadre et de la composition. Cependant, ses explications et ses remarques se font parfois redondantes, voire inutiles : il palabre incessamment, comme s’il ne faisait pas suffisamment confiance aux images pour parler d’elles-mêmes, ou au spectateur pour reconnaître leurs qualités. 

Mais c’est ce qu’est le film : une collection de séquences d’un autre âge, convoquées par un passionné qui veut absolument nous faire partager son enthousiasme. Frémaux ne cherche pas à mettre en question ou à remettre en cause l’approche des Lumière, mais simplement à nous faire admirer ce cinéma, dans toute sa splendeur. Il n’hésite d’ailleurs pas à comparer leurs films à ceux de Yasujiro Ozu et d’Akira Kurosawa, ou aux peintures d’Auguste Renoir. Le parallèle peut sembler exagéré, voire poussif, mais il n’est pas complètement dépourvu d’intérêt. La sélection d’images proposée ici montre que non seulement les Lumière dépassent le statut d’inventeurs uniquement intéressés par la technique qui leur est souvent attribué, et qu’ils étaient, dans leur soin et dans leur approche ludique et tendre, des auteurs à part entière.

Leur force tient évidemment aussi à leur statut de pionniers. Tout est à découvrir, tout est à filmer pour la première fois : le Sphinx de Gizeh, Broadway, des jeux d’enfants, etc. Le monde est neuf pour la pellicule de cinéma. La restauration se doit d’être saluée à cet égard. Loin des extraits que vous avez peut-être vus sur YouTube de l’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat ou du Repas de bébé, ces images possèdent un éclat et une netteté qu’elles n’ont probablement plus eues depuis très longtemps.

Bien sûr, ces films ont leurs propres limitations techniques, qu’aucune restauration ne peut réparer, mais cela fait partie du charme de la chose : la caméra fixe, qui ne peut suivre le ballon sur un terrain de foot, le peu de pellicule utilisable, qui signifie que chaque film se doit de contenir le maximum d’actions et de pirouettes, etc. La nouveauté de l’invention du cinématographe fait aussi que beaucoup de participants, mis en scène ou non par les Lumière, regardent la caméra, fascinés par elle. Dans la grande majorité des séquences du film, les gens expriment de la joie et de la bonne humeur face à ce curieux objet. Aujourd’hui, le septième art est parfois associé à de la magie, mais lors de ses premières années, il relevait presque de la sorcellerie. C’est un peu de l’enthousiasme et de l’ébahissement des gens qui découvrent le cinéma que le film cherche à nous communiquer, et il y parvient avec un certain succès. 

Lumière est peut-être trop conventionnel dans son approche, et son dévouement aux Lumière excessif, mais il est difficile de penser à un meilleur hommage à ces industriels-artistes que ce documentaire archivistique, somme toute, fort plaisant.

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Lumière ! L’aventure commence

Réalisé par Thierry Frémaux
France, 2017
90 minutes