Maryline, le nouveau long métrage de Guillaume Gallienne, est un subtil et complexe portrait de femme, aussi frustrant qu’imprévisible.

Il est difficile d’identifier ce qu’est exactement Maryline. Quoi qu’on puisse attribuer au film une certaine légèreté, il n’est pas vraiment une comédie, comme on aurait pu l’attendre de Guillaume Gallienne, dont le premier long métrage, les Garçons et Guillaume, à table  !, relevait de la farce identitaire. Il ne s’agit pas non plus d’un drame pur, quoique le film porte son lot d’événements tragiques. On serait tenté d’utiliser le terme « dramédie  », et peut-être est-il adéquat, mais il semble lui aussi quelque peu réducteur. Maryline existe dans un entre-deux, un mélange de genres tiraillé par les désirs de son auteur, qui redouble d’audace pour son deuxième film. L’œuvre qu’il signe ici est certainement imparfaite, mais elle n’est pas dépourvue d’intérêt. Maryline, c’est un film qui se cherche, et nous invite à chercher avec lui.

Ce qui frappe particulièrement à sa vision, c’est à quel point son récit est imprévisible. C’est en partie dû à l’imprécision de son genre cinématographique : difficile en effet de deviner quelle direction va prendre un film qui ne semble pas se conformer à un canevas narratif préétabli. Mais cette imprédictibilité doit aussi beaucoup à sa protagoniste, l’énigmatique Maryline. Prénommée d’après l’interprète de Certains l’aiment chaud, cette jeune femme d’une vingtaine d’années quitte son étouffante province française et se lance corps et âme dans une carrière d’actrice de cinéma. Elle y rencontre d’abord un certain succès, obtenant grâce à sa présence et à son charisme naturel la chance de briller à l’écran. Mais une fois sur le plateau de tournage, c’est la déchéance. Quelque chose bloque en elle, une difficulté à faire sortir son potentiel, à utiliser les mots nécessaires à son métier d’actrice et à affronter l’adversité. Le rêve s’écroule.

De là, le film prend des directions inattendues, multipliant les ellipses, faisant de si grands pas dans l’histoire de son personnage qu’il faut à chaque nouvelle séquence quelques minutes pour nous mettre à jour sur sa situation. Ces omissions narratives sont la force comme la faiblesse du film, nous prenant souvent au dépourvu, mais nous laissant tout aussi régulièrement sur le carreau. Maryline est capable de nous surprendre, précisément parce qu’on ne la connaît pas vraiment. Sa vie nous est familière, grâce aux petites touches que le film peint d’elle, mais elle reste très souvent une énigme qui nous échappe. Quelque part, un portait à trous est assez adéquat pour une femme dont l’expression s’est bloquée.

Pourtant, cela ne signifie pas que l’expérience du film soit tout à fait réussie. Obéissant à un rythme lancinant et elliptique, le récit ne nous emporte jamais totalement : on l’admire, on peut en être ému, mais c’est toujours avec une certaine distance qu’il se vit. Dans son ensemble, Maryline ne convainc donc qu’à moitié.

Mais si on le considère à une plus petite échelle, la dynamique change : prises individuellement, les scènes sont souvent magnifiques. Le chemin chaotique de l’aspirante actrice est parcouru de rencontres fortes et marquantes : tantôt bienveillantes, touchantes par la camaraderie qui s’y déploie ; tantôt malveillantes, nous frappant de plein fouet par leur violence inopinée. Dans un cas comme dans l’autre, il y a une remarquable finesse dans l’écriture des personnages, une délicatesse de l’approche qui est propre à Gallienne.

Plus qu’un portrait dérobé, son film est une réflexion sur le métier d’actrice, dans ses magnifiques hauts et ses terribles bas, où le jeu est pensé, discuté et incessamment mis en valeur. En témoignent les nombreuses mises en abyme par lesquelles le film brouille la frontière entre fiction et réalité, pour mieux commenter leur perméabilité dans la vie d’une actrice. Et cette mise en abyme ne s’arrête pas là : on devine que le film puise allègrement dans la vie de son interprète principale, Adeline D’Hermy.

Cette actrice qu’on a pu voir dans des petits rôles au théâtre et au cinéma est indéniablement la découverte du film. Maryline est peut-être imparfait, mais c’est un superbe écrin à ses talents d’interprète. Une fois sorti de la salle, c’est le souvenir de sa performance qui reste le plus longtemps en mémoire. On n’a qu’une certaine idée de qui est Maryline, mais on fera de son mieux pour retenir le nom d’Adeline D’Hermy.

En savoir plus...

Maryline

Réalisé par Guillaume Gallienne

Avec Adeline D’Hermy, Vanessa Paradis, Éric Ruf, Xavier Beauvois

France, 2017

107 minutes