Réalisé par Matt D’Avella en 2016, Minimalism est un documentaire qui suit principalement Joshua Fields Millburn et Ryan Nicodemus, deux amis et associés qui ont décidé de troquer leurs objets pour une vie qui a plus de sens.

« Imaginez une vie avec moins : moins de choses, moins de désordre, moins de stress, de dettes et de mécontentement, une vie avec moins de distractions. Maintenant, imaginez une vie avec plus : plus de temps, plus de sens, plus de relations, plus de développement personnel, de contributions et de satisfactions » explique Ryan, aux côtés de Joshua, lors d’une de leurs conférences. Qu’ont-ils donc à vendre, me direz-vous ? Rien que vous ne puissiez acheter au magasin du coin. Joshua et Ryan cherchent à partager la partition qui rythme leur vie et qui entre en dissonance avec celle de ce XXIe siècle. Une recette qui emplit leurs êtres de sens.

Pour la comprendre pleinement, il va d’abord falloir s’extraire du piège de la surconsommation dans lequel nous sommes tombés des années auparavant. Ce piège, Ryan en est sorti le jour où il s’est rendu compte que toutes ses possessions ne le rendaient pas plus heureux. Pourtant, n’est-ce pas ce que la société américaine lui promettait, éclairée jour et nuit sous les panneaux publicitaires de Time Square ? Joshua, quant à lui, semblait plus serein alors qu’il évoluait dans le même environnement que Ryan. Qu’est-ce qui avait changé alors? Joshua avait compris que tous ses objets ne lui apportaient rien de plus que de l’embarras. S’en séparer lui procura un sentiment de légèreté et, rapidement, il introduisit dans sa vie le bon sens du minimalisme.

Le minimalisme peut se définir comme « un style de vie qui repose sur les expériences, le partage et les relations. Les biens matériels sont seulement présents pour assurer un confort minimum pour bien fonctionner. »1 Pourtant, la philosophie du minimalisme ne se résume pas à un désencombrement : il s’agit surtout de comprendre comment nous sommes arrivés à croire que seuls les objets nous apporteraient le bonheur. Ainsi, le minimalisme s’oppose au concept du rêve américain tel qu’il a évolué aujourd’hui. D’abord véhiculé comme une idée d’opportunités à saisir, the American dream se traduit depuis les années 1990 en termes matériels : pour être une personne accomplie, il faut posséder toujours plus de choses. Pourtant, nous dit Joshua, « Le rêve américain n’est pas l’unique modèle, c’est un modèle parmi les autres. » Et au sein de ce modèle, nous pensons, à tort, que ce sont les objets qui nous définissent. Nos vêtements, notre maison, notre voiture, tout ce n’est-il pas le reflet de notre personnalité ? Le problème n’est pas de se définir par ses possessions, c’est de se définir uniquement par celles-ci. Déjà en 1979, Jimmy Carter, président des États-Unis, pointait le problème : «Notre identité n’est plus définie par ce que nous faisons, mais par ce que nous achetons. »

« Et maintenant que j’y pense, je veux que mon appartement reflète mon style. Mais, quel est mon style, exactement? Est-ce que cette réplique d’un croquis de Matisse capture précisément mon côté avant-gardiste et professionnel ? Au fond, à quel point suis-je avant-gardiste ? Est-ce que cette cafetière me définit comme masculin ? Combien de tasses, de bols et d’assiettes un homme est-il censé avoir ? » - extrait de Everything that Remains.

Dès le plus jeune âge, nous sommes exposé à une publicité qui renvoie le concept de « je possède donc je suis ». Rien d’étonnant à ce que le budget alloué à la publicité pour enfants soient passé de cent millions de dollars en 1983 à dix-sept milliards de dollars en 2006. Les jeunes sont les nouvelles cibles du marché économique qui cherche à les garder au sein du piège de la surconsommation. « Ce n’est pas quelque chose qui vient de se produire hier, c’est quelque chose qui nous est vendu depuis des centaines d’années par ceux qui veulent en faire de l’argent. »

Comprendre ce mécanisme, c’est « reprendre le contrôle sur [sa] vie », clame Ryan. En effet, réaliser que le surplus d’objets ne conditionne pas notre existence, c’est réussir à s’en détacher. On retrouve, par exemple, les intentions du minimalisme dans l’idée des tiny houses : sortes de petites maisons qui nous obligent, par leur taille, à garder les objets vraiment nécessaires à nos besoins. Ainsi, par une réduction du nombre de nos possessions, ce type d’initiative cherche à atténuer le désir d’amassement, afin de pousser vers des choses qui ne s’achètent pas. Bien sûr, c’est peut-être parce que ces choses nous semblent si difficiles à trouver que nous tombons si facilement dans le piège de la surconsommation. Déconnectés au sein d’un monde hyperconnecté, les lumières des magasins nous semblent si rassurantes. Pourtant, l’amassement n’est pas ce qui nous apportera le bonheur, contrairement à ce que nous crie la télévision. Non, acheter cette voiture ne me donnera pas un côté plus aventureux. Non, ce Smartphone ne me permettra pas d’avoir plus d’amis. Non, ce nouveau rouge à lèvres ne m’apportera pas l’amour. Tout simplement car les qualités et les sentiments ne s’achètent pas.

Sur le fond d’une musique entraînante, c’est avec enthousiasme que nous embarquons avec Joshua et Ryan pour leur book tour à travers les États-Unis. D’abord inexistant (seulement deux ou trois personnes présentes à leur première conférence), leur public ne fera que s’accroître jusqu’à la fin de leur tournée de dédicaces, reflétant ainsi l’intention du documentaire de personnifier un engouement constant pour le minimalisme. Ceci est accentué par les témoignages d’autres personnes et experts ayant embrassé cette philosophie de vie, séquences qui entrecoupent et viennent renforcer l’intention de la trame principale. Il s’agit de renvoyer l’image d’une surconsommation toxique, à coup de musique dramatique et d’images d’archives montrant les dérives du Black Friday, afin de prôner les bienfaits personnels et sociaux du minimalisme. Au fur et à mesure, il semblerait qu’à l’écran le nombre d’adeptes ait dépassé celui des objets, et là est bien tout le propos du documentaire. Nous retrouvons ainsi Joshua et Ryan lors de leur dernière séquence de dédicaces, distribuant autant de signatures que de hugs à un foule de personnes. Peut-être incarnent-ils par leur personnalité et par ce qu’ils font le lien qui nous manque tant dans cette société, un lien qui passe sans doute par un besoin matériel moins effréné. Après tout, « aimons les gens et utilisons les objets, car le contraire n’a jamais fonctionné ».

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Minimalism : A documentary About Important Things

Réalisé par Matt D’Avella
États-Unis, 2016
78 minutes

Pour en savoir plus sur le minimalisme : www.theminimalists.com.


  1. https://vivreavecmoins.com/le-minimalisme-cest-quoi/, consulté le 13/01/2019.