Avec Jamais de la vie, Pierre Jolivet poursuit sa chronique d’une société déliquescente. Le film est généreux mais bancal. Il hésite entre thriller pseudo-haletant et réalisme social, mais vaut le détour pour le rôle taillé sur mesure pour Oliver Gourmet, qui y est extraordinaire.

Comme d’habitude dans les films de Pierre Jolivet, ce ne sont ni l’envie de bien faire, ni la référence aux grands réalisateurs contemporains du cinéma social, ni le souci de distraire, ni la générosité et l’engagement politique qui manquent. Jamais de la vie ne fait pas exception. Le réalisateur s’attaque une fois de plus à une description empathique d’une réalité complexe qui convoque une série de vies brisées et de gens décalés survivant vaille que vaille. Le point commun qui réunit la plupart des protagonistes est un centre commercial filmé la plupart du temps la nuit ou lorsque l’équipe de surveillance nocturne prend son service ou le termine.

On y trouve une faune bigarrée : des gardiens de nuit qui se causent à peine et qui, de prime abord, sont patibulaires et interchangeables. On verra progressivement que ce n’est pas si simple. Il y a un black paumé qui voudrait bien rentrer au pays pour aider les siens à fuir la guerre. Le responsable du planning est barge. Une timbrée prend son pied en faisant souffrir son mec pleurnichard qui n’est autre que le beau-frère du gardien de nuit. Des délégués syndicaux paient très cher la radicalité de leur engagement au service de leurs camarades. L’assistante sociale de service aurait bien besoin des services d’une assistance sociale. Il y a des voyous de différentes catégories : ceux qui fauchent des bricoles et ceux qui ont un plus gros appétit et sont prêts à prendre les risques qui vont avec.

L’univers n’est pas manichéen et les personnages appartiennent la plupart du temps à plusieurs des catégories qu’on vient d’énumérer. Côté ingrédients et ambiance, tout va bien.

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Les choses commencent à se gâter quand on réalise que Jolivet court plusieurs lièvres à la fois : le film est allusif et presque contemplatif, tout en se voulant un thriller haletant. Jamais de la vie joue la carte du réalisme cru mais s’autorise des chevilles narratives peu crédibles. Le film mise sur la pudeur des personnages tout en se vautrant souvent dans le démonstratif pathétique. Le problème vient sans doute du casting hétéroclite : les comédiens inconsistants du genre Julie Ferrier ou Bénabar (eh oui, il ne fait pas que chanter) ne sont pas du tout au niveau d’Olivier Gourmet et de Valérie Bonneton. Du coup, Thierry Hancisse, pourtant très souvent excellent, ne trouve pas ses marques.

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En y allant à gros traits, on a l’impression que Jolivet essaie de mixer des influences que l’on réunit souvent alors qu’elles sont fondamentalement différentes. Le film est moins, comment dire…. que le cinéma des Dardenne, mais il n’en a pas la rigueur formelle. Jamais de la vie se veut cru, percutant et réaliste mais l’est aussi beaucoup moins que les films de Ken Loach. Jolivet manque sans doute d’un peu d’humour prolo britton.

Ceci étant dit, il faut quand même voir le film pour l’interprétation d’Olivier Gourmet, qui est absolument extraordinaire. Il y est au niveau de la Promesse, de la Nuque (je veux dire le Fils) ou de Nationale 7, un film peu connu de Jean-Pierre Sinapi dans lequel il incarnait un myopathe insupportable qui parvenait à convaincre une éducatrice de l’aider à rendre visite à une prostituée.

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Le Vif et Hughes Dayez ont bien raison de considérer que Gourmet est au sommet de son art. Et même si le terme est suspect et galvaudé, il faut bien parler ici de charisme. Gourmet, qui ne dit pratiquement rien, crève l’écran comme le faisaient Michel Simon ou Raimu. Il incarne la puissance, la violence, la tendresse, la détresse et la décontraction avec une économie de moyens et une sobriété stupéfiantes.

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Jamais de la vie

Réalisé par Pierre Jolivet
Avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton, Thierry Hancisse
France, 2015, 95 minutes