Organisé par l’ASBL Un Soir… Un Grain, association à l’origine du Brussels Short Film Festival, le Brussels International Film Festival ou BRIFF prend le relais de feu le Be Film Festival dont la dernière édition s’était tenue en décembre dernier.

Plaire, aimer et courir vite, le nouveau long-métrage de Christophe Honoré (les Chansons d’amour, Métamorphoses,...), ouvrait la première soirée de compétition internationale du BRIFF, à l’Eldorado de l’UGC de Brouckère. Le réalisateur et Pierre Deladonchamps étaient présents pour un question-réponse instructif après la projection.

Plaire, aimer et courir vite, ce sont deux regards qui se croisent au détour d’une allée de salle de cinéma. Celui de Jacques (Pierre Deladonchamps), la quarantaine, écrivain parisien et père de famille séropositif, et d’Arthur (Vincent Lacoste), étudiant rennais. Le film est un enchaînement de conquêtes et de paquets de cigarettes entre Paris, Rennes et Amsterdam, l’été 1993. Entre les joutes verbales et charnelles qui unissent les deux hommes, Jacques, d’ordinaire sûr de lui et toujours dans la séduction, s’acharne à vouvoyer Arthur pour tenter de garder le jeune étudiant à distance, ses jours étant comptés.

Honoré souhaitait avant tout mettre en scène une histoire d’amour et d’amitié entre Arthur, Jacques et son voisin, Mathieu, joué par Denis Podalydès. Le personnage d’Arthur est ouvertement inspiré de l’étudiant breton homosexuel qu’était le réalisateur tandis que Jacques, dont le prénom n’est pas choisi au hasard, est une synthèse de tous les artistes, victimes du VIH, admirés par le cinéaste, soit Hervé Guibert, Bernard-Marie Koltès et Jacques Demy, pour n’en citer que quelques-uns.
Vincent Lacoste (Les beaux gosses, Hippocrate, Saint Amour, Victoria,...) est le véritable atout du film avec sa bonhomie naturelle et sa tignasse bien peignée. Pour mieux immerger les acteurs dans son univers, le cinéaste leur a demandé de porter le parfum qu’il portait dans sa jeunesse. Arthur est donc un mirage nostalgique.

Les deux hommes se séduisent à coups de références littéraires ou de prose léchée. Chaque mot a minutieusement été pesé par le cinéaste pour doter chaque personnage d’une aura intellectuelle. Au départ, les monologues en registre soutenu desservent la crédibilité du film. Le langage des protagonistes se relâche au fur et à mesure de l’histoire, tournée en grande partie en ordre chronologique, comme l’a confié Pierre Deladonchamps lors du question-réponse. Les répliques fusent alors, et n’en sont que plus efficaces.

A l’époque de l’action, l’usage de la cigarette était autorisé dans les lieux publics fermés. Dans Plaire, aimer et courir vite, aucune scène n’y échappe. Cette abondance de tabac qui fera tiquer la jeune génération de spectateurs est en réalité un élément central d’un sous-texte voulu par le cinéaste : ce marqueur temporel a certes détourné mon attention de certaines bribes de dialogue mais symbolise l’ignorance du danger du tabagisme, comme le virus du sida, qui lui aussi a trop longtemps été nié.

Le réalisateur a un talent d’écriture insoupçonné pour la comédie : la complicité des acteurs, la spontanéité d’Arthur et le comique de situation sont rafraîchissants et allègent la thématique de la maladie et les conversations littéraires de haut vol. Les rires des acteurs sont très communicatifs et dans une séquence bientôt culte, Denis Podalydès (Caché, la Conquête...) excelle dans une chorégraphie du Bal Moderne. Ce ton contraste avec des scènes plus dures et des choix discutables de Jacques dans son rôle de père.

Pour le réalisateur des Chansons d’amour, la musicalité est primordiale au cinéma. Dans Plaire, aimer et courir vite, les personnages ne chantent pas mais la musique de l’époque est omniprésente, entre walkman, tourne-disque et autoradio.

La tignasse bien peignée de Vincent Lacoste.

La bande originale est éclectique passant du rock de The Sundays à la variété française d’Anne Sylvestre avec Les gens qui doutent ou à Pump up the volume de MARRS. Un seul bémol : l’utilisation théâtrale de l’opéra de Haendel Ariodante pendant les séquences du déclin physique de Jacques. Outre les références musicales, Honoré rend également un hommage cinématographique à François Truffaut, Arthur se recueillant sur sa tombe, et à Jeanne Campion avec des affiches de La leçon de piano.

Les trois derniers quarts d’heure sont une véritable apothéose et une merveille d’écriture. J’ai ri, j’ai eu le souffle coupé et, fait très rare pour moi au cinéma, j’ai été surprise par une larme que je n’ai pu retenir.

Difficile, cependant de ne pas comparer Plaire, aimer et courir vite et 120 battements par minute de Robin Campillo, lauréat du Grand Prix du Festival de Cannes en 2017. Mais au contraire de 120 BPM, Honoré a chassé de son oeuvre toute trace de misérabilisme et de militantisme. Le virus du sida est certes un élément important du scénario, il n’est cependant pas le sujet phare du film.

Louis Garrel devait initialement interpréter le rôle de Jacques mais s’est finalement désisté pour une raison inconnue. Nous ne perdons pas au change, Pierre Deladonchamps (L’inconnu du lac, Le fils de Jean, House of Time,...) apportant une fragilité appréciable à un personnage de prime abord hautain.

Initialement intitulé Sorry Angel, puis Plaire, baiser et courir vite, le cinéaste a confié avoir dû céder au politiquement correct quand au choix final du titre de son film. Malgré la sexualité active des personnages principaux, le réalisateur a tenu à respecter la pudeur des acteurs, tant physique qu’émotionnelle, avec une direction de jeu tout en retenue. Christophe Honoré est un funambule qui a trouvé le subtil équilibre entre mélodrame et comédie. Le film, sélectionné au festival de Cannes, est un concentré de sourires complices, de paires de fesses et belles lettres.

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Plaire, aimer et courir vite

Réalisé par Christophe Honoré
Avec Vincent Lacoste, Denis Podalydès
France, 2018
132 minutes

Vu dans le cadre du Brussels International Film Festival.