Moins connue que certaines de ses consœurs, Friday Night Lights a su, durant cinq saisons, construire un récit réaliste et émouvant à partir d’un matériau qui, au départ, pourrait faire peur : le football américain. Séance de rattrapage.

Dillon, Texas.
Un bled. Deux écoles, un bar, des fast-foods, un concessionnaire Chevrolet, des églises. Des maisons en carton. La middle class américaine d’une petite communauté rurale où l’on pourrait s’ennuyer à mourir s’il n’y avait le vendredi soir. Là, toute la ville vient remplir les gradins du stade pour encourager l’équipe de football (américain, cela va sans dire) du lycée, les Panthers. Même s’ils n’ont pas encore l’âge légal pour acheter de la bière, les joueurs bénéficient d’une notoriété bien au-delà des couloirs du lycée. Être aligné sur le terrain, c’est s’inscrire dans l’histoire de la ville et, pour les plus doués, avoir la possibilité d’être repéré par le sélectionneur d’une grande équipe universitaire… et quitter Dillon.

Pour aimer Friday Night Lights, il faut d’abord passer au-dessus d’un a priori évident : oui, on peut prendre du plaisir à regarder une série qui tourne autour du football américain, sport dont on connaît à peine les règles et qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, ne fait pas partie de la culture populaire. Même si de nombreux épisodes montrent effectivement les matchs (filmés avec force et réalisme), la série se joue aussi hors du terrain.

Au centre de l’histoire, il y a le coach de l’équipe, Eric Taylor (Kyle Chandler). Personnage bourru, intraitable, qui, s’il parvient à galvaniser ses joueurs lors de ses harangues d’avant-match, éprouve de sérieuses difficultés quand il joue à domicile. Mari aimant, il se sent parfois menacé par les ambitions professionnelles de Tami (Connie Britton), son épouse. Et, alors qu’il est sans équivoque une figure paternelle pour ses joueurs (dont les pères sont souvent aux abonnés absents), il ne trouve plus ses marques face à sa fille Julie (Aimee Teegarden) qui, en abordant de plein front son adolescence, redistribue les cartes des rôles de chacun au sein de la famille. Sans parler de la pression qu’il doit subir de la part de toute une ville qui voudrait voir ses Panthers se hisser jusqu’au championnat d’État. Pas simple : face à leurs concurrents, plus prestigieux, les jeunes de Dillon font figure d’amateurs provinciaux.

L’autre pan du récit tourne autour des joueurs de l’équipe. Au départ de la première saison, le personnage central est celui de Jason (Scott Porter), quarterback et star de l’équipe, qui, à la suite d’une chute, se retrouve en fauteuil roulant. Il sera remplacé par Matt Saracen (Zach Gilford), un jeune garçon effacé, sans beaucoup d’expérience sur le terrain et dont le père est parti combattre en Irak. De son côté, Tim Riggins (Taylor Kitsch), fullback, accumule les cuites et les problèmes familiaux. Tandis que Brian « Smash » Williams (Gaius Charles), running back, tente d’obtenir une bourse d’étude grâce à ses performances sportives. FNL capte avec beaucoup de finesse les émotions et les désirs de ces jeunes gens admirés de tous mais qui, en dehors de leur communauté, n’ont finalement rien de plus que les autres.

Famille, adolescence, couple, disparités sociales, inquiétudes face à un avenir plombé… Si elle penche clairement du côté du mélodrame, la série parvient pourtant à traiter de tous ces thèmes en évitant les lourdeurs et, surtout, les clichés. L’objectif de Peter Berg, showrunner de la série, était avant tout de montrer de manière réaliste le quotidien d’une petite ville américaine à travers le prisme de son équipe de football. Avant la série, en 2004, Berg avait réalisé un film éponyme, adapté du livre Friday Night Lights : a Town, a Team and a Dream de H.B. Bissinger. Dans cet essai-documentaire, l’auteur suit durant une année l’équipe du lycée d’Odessa, au Texas et montre de manière assez critique, notamment sur les questions raciales, le quotidien de l’équipe. La série a conservé cet aspect documentaire, particulièrement dans la réalisation. La plupart des scènes sont filmées avec des caméras légères, dans des décors naturels, en laissant aux comédiens beaucoup de liberté. C’est à la fois brut, comme sur le terrain, et sensible : silences, regards, dialogues avortés…

La série a, dès les premiers épisodes, reçu un accueil critique élogieux mais elle n’a pas su trouver son public. Ce qui explique en partie les errements inutiles de la deuxième saison ; à la recherche de nouvelles pistes narratives, les scénaristes se perdent dans une histoire de meurtre bien dispensable. D’ailleurs, suite à la grève des scénaristes de 2008, la saison se termine au bout de treize épisodes (contre vingt-deux pour la première), de manière assez abrupte.

La suite permet de prendre conscience de l’influence du mode et des conditions de diffusion et de production qui pèsent, pour le meilleur comme pour le pire, sur les séries télévisées.

Face à des audiences toujours en berne, NBC refile FNL à DirectTV, qui signe pour treize nouveaux épisodes. La troisième saison, conçue pour être la dernière, se referme donc sur une note finale. Mais la chaîne décide in extremis de renouveler la série pour deux saisons supplémentaires ! Ce sera l’occasion pour les scénaristes de repartir à zéro et de donner un nouvel élan à la série, à travers une idée assez lumineuse. Les saisons quatre et cinq, construites sur de nouvelles bases, évitent les pièges de l’enlisement tout en gardant intacts ses fondamentaux.

Diffusée entre 2006 et 2011, Friday Night Lights n’a pas le succès et la notoriété de certaines de ses consœurs. Et c’est bien dommage. Cette plongée dans l’Amérique du quotidien sonne juste et rend compte, avec beaucoup de finesse et de naturel, de l’aspiration de ses personnages à une vie meilleure. Héros ordinaires, les figures de la série tentent avec leurs maigres moyens d’occuper le terrain. Celui, fiévreux et rageur, du stade mais aussi celui de leur petite parcelle d’existence. Trouver des bases, s’inscrire ou non dans une filiation, laisser une trace. À l’image de Tim Riggins qui, à la fin de la série, parvient à s’acheter un lopin de terre, chez lui, à Dillon.
Texas forever.

Les cinq saisons de Friday Night Lights sont disponibles en DVD (Universal Pictures).

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Friday Night Lights

Créé par Peter Berg
Avec Kyle Chandler, Connie Britton, Aimee Teegarden, Gaius Charles, Kyle Chandler, Scott Porter, Taylor Kitsch, Zach Gilford
États-Unis, 2006-2011, 42 minutes par épisode