Cet été, Aylin Manço nous guide dans la jungle des séries animées. Objectif : faire le tri parmi la multitude de propositions. Cinquième étape : BoJack Horseman, une série belle, et barrée, et drôle, et triste.

Bojack est un cheval dans un monde peuplé d’humains et d’animaux anthropomorphes. C’est aussi un acteur : dans les années 90, il était la star d’une sitcom à succès. Maintenant, il vit dans une grande villa à Hollywoo (sic), seul avec Todd (joué par Aaron Paul, Jessie Pinkman dans Breaking Bad) un jeune homme qui squatte son canapé. Il a une relation qui n’en finit pas de finir avec son agente, Princess Carolyn, une chatte rose, et tombe amoureux de Diane, l’écrivain-fantôme recrutée pour écrire ses mémoires.

Sa plus grande crainte est d’être un has been. Il voudrait qu’on le considère sérieusement. Il voudrait jouer dans de vrais grands films. Il voudrait gagner un Oscar. Il voudrait séduire Diane. Si seulement il pouvait y arriver, alors, c’est sûr, il serait enfin heureux.

Sauf que… Le nœud, c’est ça : toute la série est une réflexion sur la dépression. Bojack est tellement obsédé par sa course au bonheur, au succès, qu’il gâche toutes ses chances. Comme dans le générique, il tombe à l’eau. Il se débat en blessant les gens autour de lui. Lentement, il coule.

Tout ne tourne pas autour de Bojack : chaque personnage est doté de ses propres arcs narratifs et de sa profondeur. Mention spéciale aux deux personnages féminins, Princess Caroline et Diane : les scénaristes n’hésitent pas à décrire sans complaisance les difficultés spécifiques aux femmes qui travaillent dans des industries connues pour leur compétition. Une des grandes forces de la série est justement de ne pas se limiter à son personnage éponyme, et surtout de ne pas hésiter à le montrer sous un jour égoïste, voire franchement antipathique. Pas de statu quo à maintenir absolument : quand Bojack blesse ses amis, ça laisse des séquelles.

« Horsin’ Around », la sitcom qui a rendu Bojack célèbre.

Les épisodes, s’ils participent chacun à une intrigue feuilletonnante, ont chacun un thème. Il y a un épisode sur le végétarisme qui prend, dans ce monde où des animaux anthropomorphes côtoient les humains, des airs de dystopie glaçante. Un autre épisode se moque ouvertement du respect dû aux soldats, un concept très américain… Celui sur l’avortement qui réussit l’exploit d’être à la fois provocant et respectueux.

Dans la troisième saison, les scénaristes repoussent les limites de ce qui est possible en série. Un épisode se passe entièrement dans une cité sous-marine et constitue à la fois un bel hommage à l’âge d’or des films muets et une vision poignante du spleen du voyageur d’affaire coincé dans un hôtel sans charme au milieu d’une ville où personne ne comprend sa langue.

C’est aussi, et surtout, très drôle : au-delà de la parodie mordante de la société hollywoodienne et des aspirations des générations X et Y, chaque épisode regorge de gags potaches : une vache serveuse qui tire la gueule quand elle doit servir un steak à ses clients, des pigeons paparazzis qui se cognent à des baies vitrées…

Bref, c’est beau, et barré, et drôle, et triste. La vraie bonne nouvelle, quand on se sent en chute libre, c’est de savoir que certains artistes nous comprennent et expriment exactement ce qu’on ressent. Si vous vous êtes déjà senti déprimé, raté, idiot, en retard sur votre vie, ou hébété par la vacuité de toutes choses, regardez Bojack Horseman. En le voyant se débattre, vous saurez que les scénaristes de la série vous comprennent, et que, même si Bojack ne s’en sort pas, il y a encore de l’espoir pour vous.

 

Par où commencer ?

Par le début ! Les trois saisons sont disponibles sur Netflix. Si vous n’êtes pas accro à la fin du sixième épisode, c’est que ce n’est pas une série pour vous.

 

En savoir plus...

BoJack Horseman

Créé par Raphael Bob-Waksberg
Avec les voix de Will Arnett, Aaron Paul, Amy Sedaris, Alison Brie
États-Unis, 2014
36 épisodes de 25 minutes et un épisode spécial