Cet été, Aylin Manço nous guide dans la jungle des séries animées. Objectif : faire le tri parmi la multitude de propositions. Rick & Morty est peut-être la plus déjantée de toutes. 

Rick, un savant génial et alcoolique, et Morty, son petit-fils, voyagent à travers l’espace, les dimensions et le temps. Ceci déplaît aux parents de Morty, qui trouvent que Rick ferait mieux de l’aider avec ses devoirs de mathématiques.

Sous ce concept apparemment simple se cache l’une des séries actuelles les plus impressionnantes en termes de pure imagination. Chaque épisode reprend plusieurs idées de science-fiction et les subvertit ou les parodie. Les références sont parfois explicites : par exemple, le second épisode pastiche férocement le film Inception.

« Dreams move at one one-hundredth the speed of reality, so you know, every day here is like a minute. It's like Inception, Morty, so if it's confusing and stupid then so is everyone's favorite movie. »

 

La cible peut aussi être un concept de science-fiction plus répandu : le voyage entre les dimensions, le voyage dans le temps et l’existence d’un gouvernement intergalactique sont tous les trois fréquemment utilisés dans la série.

Ce qui la rend spéciale, c’est que la parodie est poussée si loin qu’elle aboutit à des idées neuves. Dans l’un des premiers épisodes, des Génies apparaissent pour exaucer les voeux des personnages. Face à une requête impossible à satisfaire, les Génies sont bloqués : ils ne peuvent pas disparaître tant que le voeu n’est pas exaucé, or ils ne sont pas conçus pour exister plus de quelques heures, ni pour accepter l’échec. Je ne gâcherai pas le dénouement. Sachez simplement que chaque épisode vous entraînera bien plus loin que vous ne le pensiez possible.

L’écriture des personnages est également d’une grande qualité. Rick, le personnage principal est probablement l’homme le plus intelligent du monde ; il a tout vu, tout testé, tout vécu, et ce dans l’infinité des dimensions qu’il peut visiter grâce à son Portal Gun. Sa conclusion est que rien n’a de sens : il est donc alcoolique et puissamment déprimé. Une des grandes questions de la série est d’élucider si l’affection qu’il semble parfois porter à sa famille est réelle ou feinte. (S’il existe une infinité de Rick et Morty au sein d’une infinité d’univers parallèles, pourquoi ce Rick-là s’attacherait-il à ce Morty-là, en particulier ?)

L’humour de la série est tantôt potache (les différents designs d’alien sont largement inspirés par l’anatomie des parties génitales masculines), tantôt absurde. Justin Roiland, l’un des deux créateurs de la série, prête sa voix à la fois à Rick et à Morty, et certaines des scènes les plus comiques sont des improvisations de sa part qui ont été animées par la suite. Rixty Minutes, le huitième épisode de la première saison, fait la part belle à ces séquences et le résultat ne ressemble à rien de connu.

Par dessus tout, c’est une série qui explore et repousse les limites du concept d’histoire. En parcourant l’espace qui contient un nombre infini de planètes et de dimensions spatio-temporelles, Rick et Morty imitent le parcours du spectateur qui a le choix entre une infinité d’histoires à explorer. Vous pouvez regarder tout ça au premier degré, et rire, et ce sera déjà génial, mais si vous prêtez attention aux subtilités scénaristiques et à l’intertextualité, ça vous coupera le souffle.

 

Par où commencer ?

Au début ! Dans le pilote, le jeu d’acteur de Justin Roiland m’avait agacée. (Rick rote beaucoup et Morty bégaie.) Ils ont réduit ces effets-là par la suite, et puis on s’habitue.

Vous pouvez aussi commencer par Rixty Minutes, cité plus haut, si vous voulez directement voir l’un des meilleurs épisodes de la série.

 

En savoir plus...

Rick & Morty

Créé par Dan Harmon et Justin Roiland
Avec les voix de Justin Roiland, Chris Parnell, Sarah Chalke, Spencer Grammer
États-Unis, depuis 2013
3 saisons, 22 épisodes de 22 minutes