Trois parutions marquent le début de cette année 2017 aux éditions Genèse : la Vodka du diable de George Arion ; Hong-Kong Blues d’Alain Berenboom ; et le Mauvais Rôle de Jean-Baptiste Baronian.

En février, un polar de George Arion, la Vodka du diable, dont Genèse avait déjà sorti Cible royale et Qui veut la peau d’André Mladin ? Arion est un auteur roumain très polyvalent, journaliste et poète, éditeur et référence du roman policier dans son pays. Bref, a priori, une très belle idée éditoriale, une ouverture vers une autre société, très méconnue par ici.

En janvier viennent de paraître Hong-Kong Blues, d’Alain Berenboom, et le Mauvais Rôle de Jean-Baptiste Baronian.

Alain Berenboom ©Dominique Duchesnes

Berenboom est l’auteur-vedette des éditions Genèse. Celui qui se révéla jadis avec la Position du missionnaire roux (au Cri, où Christian Lutz a aussi lancé Patrick Delperdange, Arnaud de la Croix, Nadine Monfils, etc.) y a décroché le Prix Rossel 2013 avec un Monsieur Optimiste très émouvant, où il tente de reconstituer la vie de ses parents, des juifs se faufilant à travers les mailles cruelles de l’Histoire, à partir de documents, de lettres, de souvenirs émiettés, le tout saupoudré d’une lucidité et d’un humour décapants. Genèse abrite aussi et entre autres les aventures de son détective Michel Van Loo, un jeune Belge œuvrant dans les années 1940 et 1950. Des narrations enjouées, des trames policières enturbannées de suspense et d’exotisme (Congo, Israël), avec des louches d’humour, un arrière-plan historique (Shoah et captation d’héritages de disparus, règlements de comptes post-Libération entre résistants et collaborateurs, etc.). Savoureux mais un peu trop gouleyant pour mes prédilections naturelles.

Zoom sur Hong-Kong Blues

Le dernier Berenboom est… notre préféré ! Nous avons tout simplement A-DO-RÉ l’histoire de ce petit écrivain français qui se retrouve soudain bloqué à Hong-Kong suite au vol de son passeport, passant du simple contretemps à la crainte d’être embarqué dans une sombre affaire de meurtre puis à la terreur de se voir englué dans un complot aux enjeux prodigieux. Adoré ! Car voilà enfin un roman belge qui mondialise (Hong-Kong et sa vie de tous les jours, ses paysages, ses intrigues politiques et financières, les forces qui l’animent, les Triades et le gouvernement de la Chine en filigrane), élargissant les perspectives tout en nous offrant un beau texte, un bildungsroman (avec un héros insupportable et repoussoir qui se construit en cours de route et de rencontres, qui revisite sa vie et ses échecs, ses lacunes, qui se confronte à la difficulté de l’interaction avec des gens de culture différente), un récit accrocheur en diable (qui a parfois un parfum d’Ylang-Ylang et… de Bob Morane !).

Une des plus belles réussites romanesques francophones de ces dernières années ? En tous les cas, le rappel qu’on peut être Belge tout en évitant la morne litanie poussivement littérarisée de nos aigreurs domestiques. Et qu’il nous faut oser penser et écrire grand large !

Quant à la troisième sortie, le Mauvais Rôle de Jean-Baptiste Baronian… (à suivre)