Je sors de mon domaine d’expertise habituel (littérature, cinéma et séries télé) pour partager un coup de cœur pour le tout récent deuxième album du projet Caçamba.

Caçamba, un groupe bruxellois qui nous projette dans la réalité du XXIe siècle, la liesse des échanges et des métissages. Quatre Bruxellois mais deux Brésiliens et un Mexicain d’origine, parfaitement acclimatés, semble-t-il, à nos étés pluvieux et nos mornes grisailles. Trois Latinos et un Spéculoos pour un cocktail sonore enivrant, entre jazz et déclinaison des musiques brésiliennes, rythmes et improvisations, le tout rehaussé des accents structurés d’une formation classique.

Cette joie, quasi philosophique, éthique, d’imaginer ces quatre garçons, qu’on souhaite dans le vent, projetant leurs horizons si différents, leurs expériences déjà si vastes (CD divers, multiples collaborations, concerts aux quatre coins du monde) dans un creuset commun.

Cette admiration de les découvrir évitant avec maestria les écueils où tombe le commun. Car il faut s’appesantir sur un faux paradoxe. Caçamba nous immerge illico dans un univers moelleux, chaleureux, poétique amarré aux percussions d’Osvaldo Hernandez-Napoles, traversé d’envolées délicates de guitares acoustique (Boris Gaquere) ou électrique (Victor da Costa), de saxophone ou de flûte (Claudio Rocha).

© Emmanuel Torfs

On y croise des réminiscences de Jobim/Moraes/Gilberto (il y a même une reprise de Baden Powell) et on se plairait soudain à voir émerger quelques notes de la divine voix d’Astrud Gilberto, on sent parfois poindre les effluves hypnotiques d’un Carlos Santana. MAIS. Loin de tout passéisme, de toute décoration musicale ou de toute gratuité technique, on savoure une remarquable cohérence et une redoutable cohésion, une atemporalité absolue et des compositions très construites, habitées, hautement séduisantes.

Mes prédilections ? Avenue Renan, signée par Boris Gaquere, avec son magnifique solo de saxo, et Para a mais bela flor do cerrado de Victor da Costa (le compositeur de 9 des 11 morceaux), d’une finesse exquise.
Un enchantement !
Idéal pour accompagner notre été !

On peut écouter quelques morceaux par ici ou jeter un œil sur le site du guitariste Boris Gaquere, un type épatant qui reste très discret, assume sereinement une carrière polymorphe le transbahutant à travers les continents.

En bonus, une petite interview de Boris Gaquere, le spéculoos du quatuor Caçamba, réalisée en pleine tournée.

Caçamba, ça signifie quoi en brésilien/portugais ?
Le terme portugais caçamba évoque ces conteneurs chargés de briques ou de matériaux de construction sur les chantiers. C’est aussi, au Brésil, le sceau qui va puiser l’eau fraîche. Ces deux définitions ressemblent fort à notre quartet : nous venons chacun d’univers musicaux différents et c’est ce mélange d’influences qui donne une couleur toute particulière au groupe.

Et le titre, Batendo cancelas ?
Au sens propre, bater cancelas signifie fermer des portails, comme celui représenté sur la pochette de l’album. Au sens figuré : acquérir de l’expérience, souffrir pour apprendre et en tirer les leçons. Ce second disque est plus mature que le premier. Il est musicalement plus direct, on ne tergiverse plus!

Vous multipliez les collaborations, les formules, trois pour l’heure, je crois, mais vous n’avez pas tout à fait abandonné le milieu classique, qui vous a aussi valu de belles gratifications.
En effet, je reste un passionné de musique classique. J’en écoute quotidiennement, surtout l’orchestre, qui me fascine. J’utilise dans mes différents projets les connaissances acquises tout au long de mes études classiques, et j’apprends encore de nouvelles choses tous les jours. La musique est un univers infini qui permet de puiser tout au fond de son esprit des ressources que l’on ne soupçonnait pas. Dans la façon dont j’envisage la composition, il n’y a pas véritablement de barrières entre les styles. Mes influences rock côtoient des idées romantiques, tout en y incluant des cellules rythmiques brésiliennes, argentines…

Vos aspirations pour l’avenir ? Un rêve ?

Écrire une symphonie, une vraie, à l’ancienne ! Et que mes compositions soient jouées à travers le monde.
On vous souhaite le meilleur !