Dans le cadre du festival Balkan Trafik édition 2018, mettant en avant des artistes du Sud-Est de l'Europe, nous avons rencontré Ceylan Taci, chanteuse, auteure et compositrice qui révèle à travers ses chansons et ses textes un amour pour ses racines albanaises et la musique du monde.

Pour commencer Ceylan, peux-tu te présenter ?

Je suis Ceylan Taci, née en Belgique et d'origine albanaise. Après avoir migrés depuis la Macédoine vers la Turquie, mes parents se sont définitivement installés en Belgique. Quand ils sont arrivés ici, ils avaient des valises avec des histoires. Parmi ces histoires, certaines sont restées tabous. Ces secrets ont nourri mon imagination. C'est pour cela que j'ai eu l'envie d'écrire, d'exprimer tout cela depuis longtemps. Il y avait aussi un peu de révolte : une double culture, une autre éducation. Chez nous, ma maman chantait beaucoup, surtout des chants populaires albanais. Elle chantait ses peines et ses joies. C'est grâce à elle que j'ai ce désir de chanter. Avec tout ce bagage, je me suis dit : qu'est-ce que je vais faire ? Je voulais juste écrire et chanter. Mais à mes débuts je me suis intéressée à la pop, au funk, aux percussions africaines. C'est à Bruxelles que j'ai rencontré tout ce monde. Je me suis vraiment ouverte à plein de genres musicaux. Après la mort de mes parents, j'ai eu besoin de me retrouver. C'est pour cette raison que j'ai renoué mes liens avec la langue albanaise. Suite à un voyage au nord de l'Albanie, j'ai écrit ma première chanson dans cette langue : « Cüpë në kodër » (« la petite fille dans la montagne »).

Ce mélange de culture influence beaucoup ta musique. On peut le voir notamment dans les titres que tu donnes à tes chansons écrites dans différentes langues...

Comme je l'ai dit, chanter en albanais est une volonté de revenir à mes racines. Dans « Cüpe në kodër » il y a des rythmes, notamment asymétriques, qui viennent des Balkans. Bruxelles a joué un rôle important dans mes rencontres avec les musiciens. C'est un lieu de métissage culturel. Pour donner un exemple, je travaille avec un percussionniste, Stephan Pougin, qui joue dans des formations jazz, folk, classique et qui s'intéresse à la musique des Balkans. Il y a également Pascal Chardome, guitariste, arrangeur qui joue dans des formations folk et la violoncelliste Fabienne Van Den Driessche qui vient du classique et qui est tombée sous le charme de mon projet. Ce mélange d'artistes, on l'entend particulièrement dans « Cüpe në kodër ». Il y a également une autre chanson albanaise qui s'appelle « Kajti Daja » (« Et l'oncle a pleuré »), écrite dans le cadre d'un documentaire que je suis en train de réaliser sur ma maman. Pour cette chanson, Nicolas Hauzeur a utilisé un instrument traditionnel, le tambura. Donc « Kajti Daja », c'est la rencontre d'un oncle qui était très proche de ma mère. Il s'agit d'un récit de famille qui a fait son chemin avec nous jusqu'en Belgique. Cette histoire a toujours été un mystère pour moi et continue à l'être. De cette valise à secret, d'autres chansons sont sorties. Parmi elles, une est écrite en anglais comme « Mud », mais avec toujours une base rythmique balkanique dans la sonorité. J'ai aussi écrit en turc comme « Uyan », qui m'est venue à Istanbul lorsque, du haut d'une tour, j'observais la ville se réveiller peu à peu. J'ai un attachement particulier à cette ville et j'ai voulu l'exprimer.

Avec tes musiciens, tu as un projet musical qui s'appelle Retour aux sources que tu vas présenter lors de l'édition 2018 du Festival Balkan Trafik.

Retour aux sources, c'est l'expression donnée à mes écritures en albanais. Le projet est nouveau pour moi. Il y a une partie parlée où j'explique mon histoire et une autre partie chantée. Les chansons suivent un voyage et j'invite les gens à m'accompagner dans ce retour aux sources.

Lorsqu'on parle des Balkans, on pense à toute cette culture de l'ex-Yougoslavie et des environs. Comment tu te places face à cette culture balkanique ?

Les Balkans, c'est incroyable ! Quand je retourne dans les Balkans, c'est un tout pour moi. Dans mon cas, en quittant cette ex-Yougoslavie mes parents ont fait un sacrifice. Je sens comme une coupure dans nos racines. Cette déchirure a engendré un manque qui est propre aux immigrés et aux enfants d'immigrés. Finalement, les Balkans c'est l'espace où je retrouve mon identité. La Belgique est aussi le lieu où je peux reconstruire cette identité.

Pour le Festival Balkan Trafik 2018, as-tu un groupe à conseiller à nos lecteurs et lectrices ?

Tout d'abord il y a le Brussels Balkan Orchestra dirigé par Nicolas Hauzeur. On peut également écouter les chanteuses albanaises comme Eda Zari avec Byzantine Project qui a une voix sublime, très jazzy. Personnellement je suis curieuse de découvrir le « Urban chapter ».

Pour finir je conseillerai d'aller voir les danses traditionnelles sur la Grand-Place.