Caramel Beurre Salé, confiserie musicale et très estimable label belge, fêtait ses trois ans à l’Atelier 210 ce samedi 28 février 2015.

Le précédent anniversaire m’avait laissé un excellent — et rugueux — souvenir. La magnifique Françoiz Breuz y avait été magnifique, l’excellent Howe Gelb… bordélique. Le son et la technique… améliorables.

Et cette année ?

La soirée se déroule en trois temps… comme cette chronique.

Premier temps.

Je découvre Mocke.
Je connaissais — j’appréciais — le groupe français Holden, sans savoir qu’il en était. Son trio (guitares/batterie) s’impose progressivement grâce à une radicalité tranquille, un art de la rupture de ton et de la concision. Il séduit par la grande variété et la délicatesse de son rock instrumental, ses explorations mélodiques et rythmiques, ses très libres et stimulantes dérives, ses puissantes décharges électriques, ses surprenants paysages sonores dans le brouillard.

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Deuxième temps.

Mathieu Boogaerts, orfèvre de la chanson française, dont le physique m’évoque… Georges Perec. Il se présente en solo chant/guitare électrique. Interprète sur le fil des textes délicieux et virevoltants. Son travail dépouillé accorde une belle place au silence (musical) et au jeu, avec lui-même et avec le public. Il siffle volontiers. Se trompe quelquefois, avec grâce.

Musicien subtil, fan de mélodie et faux naïf, joyeux provocateur inquiet et allumé, il manie la langue avec un bonheur communicatif. Il y a du Nathalie Sarraute chez lui, qui si souvent recourt au presque rien dans ses dialogues chantés. Rythme, sensualité, reggae et bonne humeur font le reste. Le public soutient avec conviction ce joyeux professionnel de l’amateurisme, chantant avec lui à de nombreuses reprises.

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Dernier temps.

Bertrand Belin enfin. J’ai adoré Parcs en 2013, un album rare et formidablement maîtrisé. J’en dis autant de la prestation de notre chanteur de charme du troisième millénaire, même s’il irrite à l’occasion. Notamment par ses simagrées et par certains monologues interminables. Pour le reste, quel organe ! Il fait ce qu’il veut de sa voix et de son groupe, qui offre un son rock saturé à souhait, avec mention spéciale pour la chanteuse batteuse, deux fois brillante, Tatiana Maldenovitch.

La préciosité assumée de Belin est du plus bel effet lorsque le rock assure le contrepoint. Et l’autodérision lui va très bien — il reprend C’est lundi, l’hymne rockabilly de Jesse Garon. Final en apothéose avec— dans le désordre — l’imparable Un déluge et ma favorite : Peggy.

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La soirée de concerts fut longue, généreuse, réussie. On se donne rendez-vous l’année prochaine, et on relit les paroles de Peggy, une chanson digne de nous accompagner longtemps...

La dernière fois qu'on nage
Une chose est sûre
Me dit toujours Peggy
On ne le sait pas

La dernière fois qu'on nage
Une chose est sûre
Me dit toujours Peggy
On ne le sait pas

Ça vaut mieux comme ça
On nage on ne craint rien
Ça vaut mieux comme ça
On nage on ne pense à rien

Ohohohohohoh…
Ohohohohohoh…

On nage tranquille
Loin des soucis
Par un bel après-midi
On nage tranquille

La dernière fois qu'on nage
Dans les reflets d'argent
Chaque chose a/à sa place
Dans les reflets d'argent

La dernière fois qu'on nage
Une chose est sûre
Me dit toujours Peggy
On ne le sait pas